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Bildungsromans

Histoire de Tom Jones, un enfant trouvé

Publié en 1749, « Histoire de Tom Jones, enfant trouvé » de Henry Fielding est un roman comique picaresque qui chronique les aventures d'un jeune orphelin élevé par le squire Allworthy, dont la poursuite romantique de Sophia Western conduit à son bannissement, à des mésaventures à travers la Grande-Bretagne et à des révélations ultimes sur sa véritable parenté.

Fielding, Henry · 2004 · 11 min

Intrigues et emprisonnement à Londres

Le voyage vers Londres contient en son sein des méditations sur le voyage, le goût et les deux espèces distinctes de suspicion. Sophia, dépouillée de sa fortune par la perte d’un billet de banque et de plus en plus méfiante envers les personnes qui l’entourent, voyage avec sa cousine, Mme Fitzpatrick, dont le mariage malheureux avec un époux irlandais jaloux offre l’un des portraits les plus poignants de la souffrance conjugale du roman. Le récit de Mme Fitzpatrick condense des années de misère systématique, d’emprisonnement et d’évasion finale, aboutissant à une confrontation violente dans une auberge et à une réunion inattendue avec un noble irlandais.

À son arrivée à Londres, Tom est confronté à la cruauté indifférente de la société mondaine. Mme Fitzpatrick, qui avait promis de ne plus le recevoir sous la pression d’un pair noble, exclut systématiquement Tom de son foyer. Tom emménage chez Mme Miller, une propriétaire vertueuse dont l’histoire personnelle de pauvreté bourgeoise et de charité chrétienne contraste fortement avec la corruption du monde mondain. Le bal masqué dans la maison de plaisir d’Heydegger constitue une scène satirique au cours de laquelle la quête de Sophia par Tom prend un tour inattendu et aux conséquences importantes. Le récit se partage entre les liens troubles de Tom avec Lady Bellaston, une figure londonienne notoire dont la jalousie est d’autant plus dangereuse qu’elle s’exerce dans la discrétion, et la persécution de Sophia chez sa tante par Lord Fellamar, un prétendant aristocratique rival que Lady Bellaston manipule par des allusions classiques et un sarcasme mordant.

Les manigances conjuguées de Mme Western, Lady Bellaston et Lord Fellamar donnent lieu à une campagne de coercition parfaitement orchestrée contre Sophia. Lorsque M. Fitzpatrick, qui avait reçu de Mme Western un portrait flatteur caractéristique de Tom, revient de Bath et se rend à Londres, son tempérament jaloux le conduit à un duel fatal avec Tom. Les serments des chirurgiens affirmant que l’homme blessé n’est plus en danger permettent la libération de Tom de la prison de Gatehouse, mais seulement après qu’il a enduré environ vingt-quatre heures de confinement mélancoliques. L’intercession de Mme Miller en faveur de Tom, qui aboutit à une lettre de Jones à Sophia, fait disparaître les barrières entre les deux femmes et déclenche les réconciliations finales.

Révélations et résolution

Le dix-huitième et dernier livre commence par tirer les conséquences du duel de Tom et s’adresse formellement au lecteur avant de lancer le récit conclusif. Une série de révélations entremêlées redéfinit le centre moral et généalogique du roman. Squire Allworthy, le patriarche magnanime dont le foyer a servi de boussole morale au récit, se retrouve confronté aux conséquences longtemps enfouies de sa propre crédulité. Mme Miller saisit l’occasion pour disculper Jones en révélant ce qu’elle affirme être toute la vérité sur son emprisonnement, appuyée par le témoignage de Nightingale qui déclare avoir personnellement aperçu l’officier impliqué dans une taverne.

Le maître d’école devenu barbier Partridge raconte les deux décennies de ruine qui ont suivi sa disgrâce, tandis qu’une révélation parallèle dévoile la véritable filiation de Tom : il est en fait le neveu légitime du squire Allworthy, le fils du propre frère d’Allworthy. Cette double révélation constitue l’une des grandes révélations du roman, exposant simultanément la scélératesse systématique de Blifil qui a dissimulé l’identité de Tom et expliquant l’apparition mystérieuse de l’enfant trouvé à Paradise Hall. L’opposition du squire Western à Tom s’effondre lorsqu’il se retrouve confronté à la vérité sur la lignée de sa bien-aimée.

Les chapitres finaux rassemblent les personnages principaux dont les destins ont été divisés tout au long du récit précédent. Fielding structure la résolution autour d’une succession de rencontres qui passent de la cérémonie publique à la confession privée, de la réconciliation personnelle à la célébration communautaire. Tom se réconcilie avec Allworthy, obtient la main de Sophia, et l’union des amoureux est célébrée lors d’un banquet de mariage où l’on rend compte du sort de chaque personnage principal. La mise au jour de la culpabilité de Blifil achève le règlement de comptes moral, tandis que les mariages de Nightingale avec Nancy Miller et d’autres personnages secondaires apportent une conclusion comique aux intrigues parallèles du roman.

À travers ses dix-huit livres, l’épopée comique en prose de Fielding retrace le parcours d’un enfant trouvé, depuis ses origines obscures, en passant par l’exil, le danger et la disgrâce, jusqu’à la reconnaissance finale et le bonheur. L’importance historique du roman ne réside pas seulement dans sa réussite narrative, mais aussi dans ses innovations formelles : les essais préliminaires, le narrateur contrôlé, l’intégration de la satire et du sentiment, et l’ambition structurelle qui transforme la tradition picaresque pour lui donner une envergure proche de celle de l’épopée classique. Publié en 1749, Histoire de Tom Jones, l’enfant trouvé a établi un modèle pour le roman anglais qui influencera des générations d’écrivains ultérieurs.

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