Les Hauts de Hurlevent cover
Littérature britannique

Les Hauts de Hurlevent

Brontë, Emily · 1996 · 20 min

Wuthering Heights, le seul roman d’Emily Brontë, s’impose comme l’une des œuvres les plus puissantes et dérangeantes de la littérature victorienne. Se déroulant sur les landes austères du Yorkshire, le roman tisse un récit complexe de passion, de vengeance et du pouvoir obsédant du passé à travers une structure narrative intricate qui s’étend sur deux générations.

L’arrivée du narrateur

L’histoire commence en 1801, lorsque Lockwood, un jeune gentleman de la ville, devient le locataire de Thrushcross Grange, une propriété isolée dans la campagne du Yorkshire. Sa déclaration d’ouverture établit le caractère désolé du paysage — « Dans toute l’Angleterre, je ne crois pas que j’aurais pu choisir un endroit aussi complètement retiré de l’agitation de la société. » Ce cadre reculé se révèle crucial pour l’atmosphère du roman, où les landes sauvages deviennent à la fois un terrain physique et spirituel qui façonne le destin de tous ceux qui l’habitent.

Désireux d’en savoir plus sur son mystérieux propriétaire, Lockwood affronte une tempête de neige pour rendre une seconde visite à Wuthering Heights, la propriété voisine. Il trouve le portail du jardin enchaîné et personne ne répond à ses coups. La maisonnée de Wuthering Heights se présente comme un ensemble de figures antagonistes plutôt que comme une famille fonctionnelle. Joseph, le vieux serviteur, parle dans un dialecte cryptique et biblique qui déroute et irrite. Une jeune femme est assise en tailleur par terre devant le feu, fumant et fixant le regard de ses yeux sombres et sauvages. Lorsque Heathcliff lui-même apparaît enfin, il n’offre aucune hospitalité, traitant Lockwood avec un mépris glacial et une hostilité à peine dissimulée.

Fantômes, journaux et la chambre hantée

Ce chapitre marque un tournant crucial dans Les Hauts de Hurlevent, alors que la première nuit de Lockwood aux Heights devient un conduit pour révéler l’histoire tragique de Catherine Earnshaw et Heathcliff. Le chapitre entremêle l’horreur gothique avec des extraits de journal intime, établissant le retour obsessionnel du roman vers le passé et ses thèmes d’amour interdit, d’inégalité sociale et du pouvoir obsédant des morts.

Lorsque l’on attribue à Lockwood la chambre d’amis—verrouillée et interdite depuis des années—il découvre une collection de noms gravés dans la peinture : Catherine Earnshaw, Catherine Heathcliff, Catherine Linton. Ses rêves cette nuit-là le plongent dans le domaine surnaturel qui imprègne le roman, alors qu’il rencontre le fantôme d’un enfant pleurant à la fenêtre, implorant qu’on le laisse entrer après vingt ans à errer sur les landes. Cet épisode glaçant prépare le terrain pour le récit rétrospectif que Mrs. Dean, la gouvernante de Thrushcross Grange, déploiera sur les Earnshaw et leurs sombres secrets.

L’enfance aux Hauts de Hurlevent : la fabrication de Heathcliff

Les chapitres IV et V déplacent le centre de gravité narratif des circonstances présentes de Lockwood vers le récit rétrospectif de Mrs. Dean concernant l’arrivée de Heathcliff aux Hauts de Hurlevent. La structure narrative révèle comment la curiosité de Lockwood envers ses mystérieux voisins pousse la gouvernante à raconter, établissant les dynamiques interpersonnelles complexes qui définiront la tragédie du roman.

Lorsque Lockwood s’enquiert de la famille de son propriétaire, Mrs. Dean déroule la généalogie emmêlée des Earnshaw et des Linton. Elle clarifie que l’actuelle Mrs. Heathcliff n’est pas l’originale mais plutôt la veuve du fils défunt de l’aîné des Earnshaw. La véritable histoire, explique-t-elle, commence des décennies plus tôt lorsque M. Earnshaw revint d’un voyage à Liverpool avec un garçon à la peau sale et foncée qu’il nomma Heathcliff. L’enfant fut traité comme un enfant trouvé et une curiosité par la famille, suscitant immédiatement la jalousie du fils aîné, Hindley. Dès ses premiers jours aux Heights, Heathcliff occupa une position ambiguë—ni serviteur ni membre de la famille, toléré mais jamais pleinement accepté, aimé par Catherine mais méprisé par son frère.

Le retour d’Earnshaw

L’arrivée de Hindley Earnshaw aux funérailles de son père brise les attentes du foyer lorsqu’il ramène chez lui une femme inconnue qu’il présente comme son épouse. Cette mystérieuse mariée, plus tard prénommée Frances, se délecte de chaque objet et de chaque circonstance qu’elle rencontre en pénétrant dans Wuthering Heights, tout en manifestant des symptômes troublants qui suggèrent une santé fragile — son essoufflement, sa toux fréquente et ses tremblements nerveux passent inaperçus aux yeux des domestiques. Le foyer se transforme autour de la nouvelle épouse de Hindley, et la jeune Catherine se retrouve délogée de la faveur de son père tandis que le nouveau couple accapare l’attention et l’espace. Frances semble à demi sotte durant les préparatifs de l’enterrement, se cachant dans sa chambre et gémissant de sa peur de la mort, bien que son moral se ranime une fois les endeuillés partis.

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