Richard Ier succéda à son père sans opposition, car la trahison de Jean—son complot avec Philippe contre Henri—avait détruit sa propre prétention au trône. Richard, plus tard surnommé Cœur de Lion, fut couronné à Westminster, puis partit immédiatement pour la troisième croisade en 1190, laissant l’Angleterre entre les mains de Guillaume Longchamp, évêque d’Ely, qui cumulait les fonctions de chancelier, de justicier et de légat pontifical. Le gouvernement autoritaire de Longchamp déclencha une révolte baronniale, et à l’automne 1191 il avait été renversé. La croisade de Richard fut gâchée par sa rivalité avec Philippe Auguste et d’autres chefs chrétiens, et il fut capturé par l’empereur Henri VI en 1192, détenu contre une rançon de 150 000 marcs qui vida les ressources de l’Angleterre et exigea une fiscalité sans précédent. Il fut libéré en 1194, renonça immédiatement aux concessions qu’il avait faites à Philippe durant sa captivité, et passa ses dernières années à combattre pour reconquérir ses territoires continentaux perdus, faisant construire la forteresse de Château-Gaillard comme son chef-d’œuvre d’architecture militaire. Il mourut d’une blessure d’arbalète en avril 1199 alors qu’il assiégeait Châlus, sa mort étant pleurée à travers l’Europe comme la perte d’un grand roi-guerrier.
La mort de Richard déclenfa l’effondrement rapide de l’empire angevin. Son frère cadet Jean lui succéda, mais son neveu Arthur de Bretagne disposait d’une revendication plus solide selon le droit successoral normand, et Philippe Auguste soutint la prétention d’Arthur. Le couronnement de Jean avec Isabelle d’Angoulême en octobre 1200 masqua l’effritement de ses possessions continentales : sa campagne de 1202 pour reprendre les territoires perdus fut un désastre, Philippe balayant la Normandie pendant que Jean tergiversait sans but. La chute de Château-Gaillard fin 1203 constitua le tournant décisif, ouvrant la voie à la conquête de la Normandie par Philippe, et dès 1204–1205 Jean avait perdu l’essentiel de son héritage continental, ne lançant que des campagnes avortées et sans conviction pour les reconquérir.
Les derniers chapitres de l’ouvrage de Norgate retracent l’héritage culturel et institutionnel de la période angevine entre 1170 et 1206. Le martyre de Becket remodela la vie religieuse anglaise, suscitant une vague de piété populaire et de réforme monastique. L’époque connut un essor de l’écriture historique, notamment la tradition du Brut héritée de Geoffroy de Monmouth, les œuvres de Giraud de Barri (Giraldus Cambrensis), qui milita pour l’indépendance du siège de Saint-David, et l’ascension de Cambridge comme rivale d’Oxford. Le gouvernement municipal de Londres gagna progressivement son autonomie, avec l’établissement de sa commune en 1191, tandis que des relevés domaniaux comme le coutumier d’Abingdon de 1185 documentent la transformation progressive de l’économie rurale. L’ouvrage de Norgate s’achève sur un index complet couvrant la période allant du meurtre de Becket en 1170 à la mort de Jean en 1216, documentant toute l’étendue de l’histoire politique, ecclésiastique et culturelle du monde angevin, et la fin du vaste empire continental qu’Henri II avait passé sa vie à bâtir.
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