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Frankenstein's monster (Fictitious character) -- Fiction Guide d'étude

Frankenstein ; ou le Prométhée moderne

Des guides utiles pour les lecteurs, les étudiants et les curieux.

Shelley, Mary Wollstonecraft · 1993 · 17 min

Guide d’étude : Frankenstein ; ou, Le Prométhée moderne

Aperçu du roman

Frankenstein (1818) de Mary Wollstonecraft Shelley est l’une des œuvres fondatrices de la science-fiction et de la littérature gothique. Rédigé lorsque Shelley n’avait que vingt ans, le roman explore les conséquences périlleuses de l’ambition scientifique débridée et la nécessité de l’empathie à travers sa structure épistolaire complexe. Le récit se déroule au fil d’une série de lettres que l’explorateur Robert Walton adresse à sa sœur Margaret Saville, dans lesquelles le scientifique Victor Frankenstein relate son tragique récit.

Le sous-titre du roman, « Le Prométhée moderne », établit immédiatement ses ambitions thématiques. À l’image du Titan grec qui a dérobé le feu aux dieux pour l’offrir à l’humanité, Victor Frankenstein tente d’accorder l’étincelle de la vie, mais sa création apporte la destruction plutôt que l’illumination. Ce parallèle invite les lecteurs à s’interroger sur les responsabilités qui accompagnent le don du savoir et les dangers de jouer à Dieu sans retenue morale.


Thèmes majeurs

Les dangers de l’ambition débridée

Les ambitions intellectuelles de Victor Frankenstein le Consument entièrement. Dès ses premières études d’alchimie à l’âge de treize ans jusqu’à ses découvertes décisives à Ingolstadt, Victor poursuit la connaissance avec une passion qui lui fait perdre de vue toutes les autres considérations. Il abandonne sa famille, néglige sa santé et finit par créer la vie avant de fuir celle-ci dans l’horreur. Le roman sert d’avertissement sur les dangers que présente le fait de laisser la curiosité scientifique primer sur les relations humaines et le jugement moral. La célèbre déclaration de Victor — selon laquelle il ouvrira une nouvelle voie et explorera des pouvoirs inconnus — conduit finalement à la destruction de tous ceux qu’il aime.

Création, responsabilité et abandon

La relation entre Victor et sa Créature constitue le cœur moral du roman. Victor donne vie à sa création mais l’abandonne immédiatement, refusant d’assumer la responsabilité de l’être qu’il a créé. Cet abandon déclenche une cascade de tragédies qui s’étend sur tout le reste du roman. La Créature, initialement innocente et avide de liens, devient monstrueuse précisément parce qu’on lui refuse l’amour et l’acceptation que toute créature aspire à. Le roman pose des questions fondamentales sur les responsabilités que les créateurs ont envers leurs créations et les conséquences de l’abandon parental.

La nature de l’humanité et de la monstruosité

Shelley renverse de manière convaincante les notions conventionnelles de monstre et de victime. La Créature possède de la sensibilité, de l’intelligence et une grande capacité à aimer et à souffrir. Elle apprend le langage, développe une appréciation esthétique et aspire à la compagnie. Victor, en revanche, fait preuve de cruauté, de lâcheté et de faiblesse morale. Ce renversement pousse les lecteurs à s’interroger sur ce qui constitue réellement l’humanité — si cela réside dans l’apparence, les actions ou la capacité d’empathie et de réflexion morale.

Le pouvoir et les limites du savoir

Tout au long du roman, différents textes façonnent le destin des personnages principaux. L’obsession précoce de Victor pour Corneille Agrippa, Paracelse et Albert le Grand l’engage sur une voie destructrice. La Créature apprend le langage et l’histoire par l’observation et grâce aux livres qu’il découvre — un portemanteau en cuir contenant Le Paradis perdu, Les Vies de Plutarque et Les Souffrances de Werther. Ces œuvres éclairent sa compréhension de l’humanité et de sa place au sein de celle-ci. Pourtant, le savoir seul ne peut pas accorder à la Créature l’acceptation, et la quête de découverte scientifique de Victor ne lui apporte finalement que misère. Le roman suggère que le savoir sans sagesse, et l’ambition sans empathie, mène à la catastrophe.

L’isolement et ses conséquences

Presque tous les personnages principaux de Frankenstein souffrent d’une forme d’isolement. Les deux années de travail secret de Victor dans son laboratoire d’Ingolstadt l’ont coupé de sa famille et de ses amis. L’apparence physique de la Créature le condamne à une exclusion permanente de la société humaine. Élisabeth, bien qu’entourée de sa famille, porte une mélancolie ancrée dans sa place incertaine au sein de celle-ci. Même Walton, entouré de son équipage, écrit avoir un besoin désespéré d’« un véritable ami ». Le roman suggère que les êtres humains ont besoin de lien pour s’épanouir et que l’isolement, qu’il soit choisi ou imposé, mène à la souffrance et à la dégradation morale.


Analyse des personnages

Victor Frankenstein

Victor Frankenstein incarne les dangers de l’individu romantique qui privilégie la gloire personnelle au détriment de la responsabilité collective. Né au sein d’une famille genevoise distinguée, il bénéficie d’une enfance heureuse entouré de parents aimants, de sa cousine Elizabeth et de son ami Henry Clerval. Pourtant, ses passions violentes et sa curiosité insatiable le poussent à se tourner vers des études qui finiront par le consumer. Le défaut fatal de Victor ne réside pas seulement dans ses ambitions intellectuelles, mais dans son incapacité à accepter les conséquences de ses actes. Il crée la vie et abandonne immédiatement sa créature, puis passe le reste du roman à fuir les problèmes qu’il a lui-même créés plutôt qu’à les affronter directement.

L’évolution du personnage de Victor suit un arc tragique, passant de l’enthousiasme scientifique à celui de survivant brisé. Sa passion initiale pour la découverte laisse place à l’horreur et à la culpabilité, puis à un désir de vengeance dévorant envers sa propre créature. Tout au long de l’œuvre, Victor se révèle remarquablement enclin à l’auto-duperie : il se dit qu’il ne peut pas se confier à d’autres car ils ne le croiraient pas, alors qu’en réalité il ne peut tout simplement pas supporter d’affronter sa propre responsabilité dans les tragédies qui se déroulent.

La Créature

La Créature s’impose comme peut-être le personnage le plus attachant et intellectuellement captivant du roman. Créée à partir de parties de cadavres assemblées, elle fait son entrée dans le monde en tant qu’innocente, désorientée par l’afflux sensoriel écrasant qui l’assaille. Ses premières expériences – découvrir le feu, apprendre à trouver de la nourriture, observer la famille De Lacey depuis sa misérable cabane – retracent un chemin qui va de la survie animale vers une conscience humaine véritable. La Créature possède une sensibilité poétique, une capacité à la réflexion sur soi et une conscience aiguë de ses propres souffrances.

Ce qui rend la Créature véritablement tragique, ce n’est pas son apparence, mais ses expériences de rejet. Elle sauve une jeune fille de la noyade, mais se fait tirer dessus en remerciement de la peine qu’elle s’est donnée. Elle s’approche du vieux De Lacey aveugle avec espoir, mais se fait attaquer violemment par le reste de la famille à leur retour. Chaque rencontre avec des êtres humains renforce son sentiment d’être un monstre, jusqu’à ce que la haine et la vengeance deviennent les seules émotions qui lui soient accessibles. Pourtant, même dans ses moments de plus grande violence, la Créature exprime sa douleur avec éloquence et puissance. Son monologue final, dans lequel elle déplore sa solitude et déclare son intention de se donner la mort, constitue le passage le plus bouleversant du roman.

Robert Walton

Walton sert à la fois de narrateur-cadre et de parallèle thématique à Victor. Tout comme Victor, Walton est un homme ambitieux consumé par un rêve de découverte dangereux. Il aspire à « un véritable ami » qui pourrait tempérer son ardeur imprudente, et il reconnaît en Victor un homme dont le génie a été détruit par une ambition débridée. Les lettres de Walton à sa sœur établissent la structure épistolaire du roman et offrent une distance cruciale par rapport au récit de Victor, permettant aux lecteurs de voir à la fois Victor et sa création du point de vue d’un étranger.

Personnages secondaires

Elizabeth Lavenza représente la bonté pure et l’amour inébranlable tout au long du roman. Adoptée par la famille Frankenstein alors qu’elle était enfant, elle incarne les affections domestiques que Victor met constamment en danger par ses recherches scientifiques. Son meurtre la nuit du mariage de Victor représente l’acte de vengeance le plus dévastateur de la Créature. Henry Clerval sert de contrepoids moral à Victor, un homme imaginatif et généreux qui aime la littérature et la poésie plutôt que la science. Son meurtre en Irlande, après que Victor a détruit la créature femelle, démontre la volonté de la Créature de détruire des innocents pour blesser son créateur.

Citations importantes

« Vous percevrez facilement que je ne suis pas le fruit de la sophistique de la folie, ni même les conclusions des préjugés et de l’ignorance. Je suis conscient de l’étendue de mon raisonnement, et quand je contemple chaque petit objet haï et idolâtré — chaque fleur qui pousse dans le sang de mon cœur — chaque petit objet brillant qui forme le bonheur de ma vie — je peux encore commander à mon âme d’agir comme elle le veut. »

La défense éloquente de la Créature de sa propre conscience et de sa capacité émotionnelle invite les lecteurs à reconnaître son humanité fondamentale malgré son apparence monstrueuse.

« La vie, même si elle n’est peut-être qu’un cumul d’angoisse, me contraint à vivre. »

Victor prononce ces mots alors qu’il poursuit la Créature à travers les déserts gelés, reconnaissant qu’une vie de souffrance conserve tout de même un certain pouvoir sur ceux qui la vivent.

« Restez calme. Je vous en conjure, écoutez-moi avant de laisser libre cours à votre chagrin amer et à vos réparties. Vous m’accusez de meurtre ; et pourtant vous désirez, de votre propre main, déchirer le corps de votre propre ancêtre. »

La supplique de la Créature à Victor sur le glacier démontre sa capacité de raisonnement et de réflexion morale, même au milieu de la haine de son créateur.

« Je ne serai pas le fléau de l’humanité, mais je serai son bienfaiteur. Je me rendrai dans les vastes étendues sauvages du Nouveau Monde, et j’y mènerai une vie, si possible, aussi innocente que la vôtre. Je serai utile, et je me créerai des compagnonnages avec les miens. »

Les premières conditions d’exil de la Créature démontrent son désir sincère d’une existence paisible, ce qui remet en cause les lectures simplistes qui le présentent comme intrinsèquement mauvais.

Questions de discussion

  1. Comment la structure épistolaire influence-t-elle votre lecture du roman ? Réfléchissez à la façon dont le récit de Victor nous parvient à travers la transcription de Walton. Cette distance rend-elle Victor plus ou moins fiable ?

  2. La Créature apprend à connaître l’humanité en grande partie à travers la littérature — Le Paradis perdu, Les Vies de Plutarque et Les Souffrances du jeune Werther. Comment ces textes façonnent-ils ses attentes et sa compréhension de lui-même ? Que suggère le roman quant aux limites de l’apprentissage par les livres ?

  3. Victor refuse à plusieurs reprises de confier l’existence de la Créature à d’autres, même lorsque cela aurait pu éviter les tragédies ultérieures. Que suggère ce comportement quant à la culpabilité et à l’auto-tromperie ?

  4. Comparez la demande de compagnon de la Créature avec le refus de Victor d’en créer un. Qui présente l’argument le plus convaincant ? La destruction de la créature femelle par Victor représente-t-elle du courage moral ou de la lâcheté morale ?

  5. Le roman est souvent lu comme un récit d’avertissement sur l’ambition scientifique. Mais que pourrait suggérer Shelley quant aux responsabilités des créateurs de manière plus large — parents, enseignants, dirigeants ?

  6. Comment le roman remet-il en question les notions conventionnelles de monstruosité ? De quelles manières la Créature est-elle plus humaine que son créateur ?

  7. Réfléchissez au rôle des femmes dans le roman. Caroline, Elizabeth, Justine et Safie jouent toutes un rôle important, pourtant toutes sont définies principalement en fonction de leur relation aux hommes. Quelle critique Shelley pourrait-elle faire du genre et de la domesticité ?

  8. Le roman se termine par l’auto-immolation de la Créature sur un radeau de glace. Cette fin est-elle rédemptrice, tragique ou autre ? Quelle résolution, le cas échéant, Shelley propose-t-elle ?


Contexte littéraire et historique

Shelley a écrit Frankenstein pendant la célèbre « Année sans été » de 1816, lorsque l’éruption du mont Tambora a provoqué des perturbations climatiques mondiales et des phénomènes météorologiques étranges dans toute l’Europe. Elle avait alors 19 ans, et voyageait avec son amant Percy Bysshe Shelley et leur cercle d’amis littéraires – dont Lord Byron – à la villa Diodati en Suisse. Byron a proposé un concours pour désigner la meilleure histoire de fantômes, et la contribution de Mary est devenue Frankenstein.

Le roman s’appuie sur les traditions gothiques établies par des écrivains comme Ann Radcliffe et Matthew Lewis, tout en anticipant des thèmes qui caractériseraient plus tard la science-fiction. Le propre parcours de Shelley – fille du philosophe politique William Godwin et de la féministe Mary Wollstonecraft – a imprégné le roman de questions sur la responsabilité parentale, la justice sociale et les limites appropriées du savoir.

Le roman reflète également les débats scientifiques de l’époque. Le galvanisme, étude des effets de l’électricité sur le tissu musculaire, laissait entrevoir la possibilité de réanimer des tissus morts. Les expériences de Luigi Galvani sur des pattes de grenouille ont démontré que la stimulation électrique pouvait provoquer une contraction musculaire, inspirant des spéculations sur la possibilité que des principes similaires s’appliquent aux êtres humains. La percée de Victor, décrite comme la découverte de « la cause de la génération et de la vie », reflète ces préoccupations scientifiques tout en mettant en garde contre leurs dangers.


Symboles clés

Feu et lumière : La Créature découvre le feu et apprend à le créer et à l’entretenir. Ce savoir représente à la fois l’éveil de sa conscience et le pouvoir dangereux qu’il détient. Le feu que la Créature allume finit par jouer un rôle dans l’incendie de la cottage des De Lacey, liant l’illumination à la destruction.

L’Arctique : Les étendues gelées où Victor est secouru et où se termine le roman fonctionnent comme un symbole d’isolement et de froideur morale. Le paysage reflète la désolation émotionnelle à la fois du créateur et de sa création.

Le Paradis perdu : La Créature lit l’épopée de Milton comme une histoire littérale, s’identifiant à la fois à la solitude d’Adam et à la rébellion de Satan contre un créateur injuste. Ce texte cristallise la compréhension que la Créature a de sa propre situation.

Le portrait miniature : Le portrait d’Elizabeth, volé à William et utilisé pour faire accuser à tort Justine, représente les affections domestiques que la Créature détruit sans en comprendre la signification.

Lectures complémentaires suggérées

Les interprétations critiques de Frankenstein couvrent des perspectives littéraires, philosophiques et scientifiques. Les thèmes clés à explorer plus avant incluent les débats de l’époque romantique sur le galvanisme et le vitalisme, les conventions gothiques du sublime et du monstrueux, les lectures féministes qui s’attachent au traitement de la maternité et de la création dans le roman, ainsi que les approches éco-critiques qui examinent le lien du roman avec les environnements naturels.

L’étude des sources de Shelley — notamment les écrits scientifiques de l’époque et la tradition littéraire romantique qu’elle a héritée — approfondit la compréhension des ambitions et des angoisses du roman. La comparaison du texte de 1818 avec la révision de 1831 révèle des changements significatifs, notamment dans la caractérisation de Victor et dans le traitement par le roman des motivations de la Créature.


Une dernière note d’étude

Au fur et à mesure que vous achevez votre étude de cette œuvre fondatrice, gardez à l’esprit que le chef-d’œuvre de Mary Shelley reste troublant d’actualité : ses avertissements sur les responsabilités de la création, les dangers de l’ambition abandonnée et les conséquences dévastatoires du rejet de notre humanité commune sont aussi urgents aujourd’hui qu’ils l’étaient au lendemain de la Révolution industrielle, lorsque Shelley a pour la première fois imaginé les terribles possibilités contenues dans le feu prométhéen moderne.