Frankenstein; ou, le Prométhée moderne
Mary Wollstonecraft Shelley
Aperçu
Le roman gothique fondateur de Mary Shelley suit Victor Frankenstein, un jeune scientifique suisse qui crée un être monstrueux et est par la suite hanté par les conséquences catastrophiques de son ambition. À travers un cadre épistolaire narré par l’explorateur Robert Walton, Shelley entrelace les récits du créateur et de sa création, explorant les thèmes de la responsabilité, du savoir, de l’isolement et des dangers de se prendre pour Dieu. La structure narrative double du roman donne la parole à la fois à Victor et à sa Créature, permettant aux lecteurs de confronter la complexité morale de la création et de l’abandon.
Le cadre épistolaire : le voyage arctique de Walton
Lettre 1 : 11 décembre, Saint-Pétersbourg
Robert Walton entame sa correspondance avec sa sœur Margaret Saville en lui annonçant son arrivée en Russie sans encombre. Il lui fait part de sa vision romantique de la découverte du Pôle Nord – un endroit qu’il imagine non pas comme un désert, mais comme une lumière éternelle où le soleil frôle constamment l’horizon. Walton remonte l’origine de ses ambitions à l’enfance, où il dévorait les récits d’expéditions polaires malgré l’interdiction de son père de s’engager dans une vie en mer. Après avoir découvert la poésie et tenté de devenir poète lui-même, il a abandonné cette voie en héritant de la fortune de son cousin six ans plus tôt. Depuis, il s’est préparé par un conditionnement physique rigoureux, l’étude des mathématiques et de la médecine, et en accompagnant des baleiniers lors d’expéditions arctiques. Il prévoit de partir pour Arkhangelsk dans la quinzaine pour acheter un navire et recruter un équipage expérimenté.
Lettre 2 : 28 mars, Arkhangelsk
Walton fait part d’avancées importantes : il a loué un navire et réuni des marins qui semblent fiables et courageux. Il présente son lieutenant comme un homme d’un courage et d’un esprit d’entreprise remarquables, un Anglais aux dispositions nobles malgré son manque de culture. Walton avoue un profond désir de compagnie, notamment un véritable ami doté d’un esprit cultivé et vaste qui pourrait approuver ou modifier ses projets. Il se critique comme étant autodidacte, ayant couru les champs jusqu’à l’âge de quatorze ans avec pour seule lecture les livres de voyages de son oncle. Il explique son attachement aux mystères dangereux de l’océan par le poème “Le Vieux Marin” de Coleridge, reconnaissant que l’amour du merveilleux entremêlé à ses projets le pousse à aller au-delà des sentiers battus.
Lettre 3 : 7 juillet, mers arctiques
Écrite depuis le navire encerclé par la glace, cette lettre rassure sa sœur sur sa sécurité malgré les dangers croissants de la région polaire. L’équipage semble courageux et déterminé, nullement découragé par les banquises flottantes. Bien qu’ils aient atteint une latitude très élevée, les vents du sud apportent une chaleur surprenante. Walton conclut par des affirmations passionnées : la réussite couronnera ses efforts, et rien ne peut arrêter un cœur déterminé et une volonté résolue.
Lettre 4 : 5 au 19 août
Le récit prend un tournant dramatique alors que le navire se retrouve coincé dans la glace près de l’Arctique. Ce 31 juillet, l’équipage est témoin d’une vision mystérieuse : un traîneau tiré par des chiens et guidé par un être de forme humaine mais de stature gigantesque, se dirigeant vers le nord à une demi-mile de distance. Le lendemain matin, des marins découvrent et secourent un voyageur européen agonisant sur un autre traîneau dérivant sur un fragment de glace. Walton le décrit comme l’homme le plus misérable qu’il ait jamais vu : presque gelé et émacié par la souffrance. Avant de monter à bord, l’étranger a demandé la destination du navire ; en apprenant qu’il s’agissait d’un voyage de découverte vers le pôle Nord, il a paru satisfait et a accepté d’être secouru.
Ingolstadt et la Création
Études universitaires
Victor partit pour l’Université d’Ingolstadt à l’âge de dix-sept ans, laissant derrière lui sa famille et ses amis bien-aimés. Au cours de son voyage, son moral s’éleva ; il s’était longtemps senti enfermé durant sa jeunesse et aspirait à faire son entrée dans le monde. À Ingolstadt, le hasard le mena d’abord à M. Krempe, qui le dévisagea avec incrédulité en apprenant que Victor avait étudié les alchimistes. “Avez-vous,” demanda-t-il, “vraiment passé votre temps à étudier de telles sottises ?” Krempe déclara que chaque instant que Victor avait gaspillé sur ces livres était “absolument et entièrement perdu.” Victor rentra chez lui, peu enclin à s’intéresser aux occupations de Krempe.
Cependant, lorsque Victor assista aux cours de M. Waldman, il trouva un homme de la plus grande bienveillance, dont les mots allumeraient en lui une âme aux prises avec un “ennemi palpable”. Waldman parla de la façon dont les philosophes modernes, par un travail méticuleux — “fouillant la terre, se penchant sur des microscopes et des creusets” — avaient accompli des miracles. Ils avaient pénétré les recoins de la nature, découvert comment le sang circule, compris la nature de l’air respiré, acquis des pouvoirs presque illimités, commandé au tonnerre, imité les tremblements de terre et nargué le monde invisible. Ce furent les paroles du destin qui allaient le perdre. L’esprit de Victor s’emplit d’une seule pensée : “Tant de choses ont été accomplies… plus, bien plus, est ce que j’accomplirai ; en marchant sur les pas déjà tracés, je frayerai une nouvelle voie, j’explorerai des pouvoirs inconnus, et je révélerai au monde les mystères les plus profonds de la création.”
La Découverte de l’animation
Dès le jour de son arrivée, la philosophie naturelle devint l’occupation quasi exclusive de Victor. Il étudiait les œuvres des chercheurs modernes avec une grande ardeur, assistait aux conférences de l’université et entretenait des relations avec des savants. Son application était si ardente qu’il travaillait souvent de la nuit jusqu’au matin. Ses progrès rapides étonnaient à la fois ses condisciples et ses maîtres. Pendant plus de deux ans, il négligea de se rendre à Genève, étant entièrement consacré à la découverte scientifique. Un phénomène attira particulièrement son attention : la structure du corps humain et de tout animal vivant. Il se demandait à maintes reprises d’où procède le principe de la vie. Il décida de se consacrer plus particulièrement aux branches de la philosophie naturelle ayant trait à la physiologie. Pour examiner les causes de la vie, il savait qu’il devait d’abord avoir recours à la mort. Bien qu’il ait été élevé sans craintes surnaturelles, Victor se retrouva à examiner la décomposition et la corruption, passant des jours et des nuits dans des caveaux et des charniers. Après des jours et des nuits d’un travail incroyable, il réussit à découvrir la cause de la génération et de la vie et devint capable de conférer l’animation à la matière inanimée.
Nuit de la création
Par une nuit morose de novembre à une heure du matin, Victor achève son entreprise de deux ans. Alors que la chandelle à moitié éteinte vacille, il voit les yeux jaunes ternes de sa créature s’ouvrir. Il avait l’intention de créer un être beau aux membres proportionnés et aux traits agréables, mais le résultat s’est avéré horrifiant. La peau jaune de la Créature couvre à peine ses muscles et ses artères, sa chevelure noire lustrée contraste de manière grotesque avec des yeux vitreux de la couleur d’orbites d’un blanc terne, et son teint ratatiné et ses lèvres noires et droites complètent un visage plus terrible que tout ce que Dante aurait pu imaginer.
Incapable de supporter la vue de ce qu’il a créé, Victor sort précipitamment de la pièce et marche de long en large toute la nuit. Le sommeil n’apporte que les cauchemars les plus terribles : des rêves où Elizabeth se transforme en cadavre dans ses bras. À son réveil, il découvre la Créature debout devant le rideau du lit, qui le regarde avec des yeux terribles. Victor s’enfuit en courant à l’étage inférieur et passe le reste de la nuit dans la cour.
Le lendemain matin, Victor rencontre Henry Clerval qui arrive à l’auberge. Leurs retrouvailles leur apportent une joie passagère jusqu’à ce que Victor monte précipitamment à l’étage et découvre, à son immense soulagement, que le monstre s’est enfui. Cependant, sa terreur le submerge : il croit voir le spectre du monstre et s’effondre en crise, ce qui marque le début d’une longue fièvre nerveuse qui le clouera au lit pendant des mois.
L’éducation de la Créature
Éveil et Survie
La Créature décrit ses premiers moments avec difficulté — une multiplicité déroutante de sensations simultanées. Au fil du temps, elle a appris à distinguer le fonctionnement de ses différents sens. Elle a trouvé une forêt près d’Ingolstadt, s’est allongée au bord d’un ruisseau pour se reposer, et a été rapidement tourmentée par la faim et la soif. Elle a mangé des baies et bu au ruisseau, surmontant le sommeil.
Au réveil dans le noir, elle se sentait froide et désolée. Une lune radieuse se levant parmi les arbres la remplissait de plaisir. Elle a ramassé des baies et a trouvé une immense cape sous un arbre. Son esprit ne contenait aucune idée distincte ; tout était confus. Seule la lune brillante retenait son attention. Plusieurs jours et nuits s’écoulèrent, et elle commença à distinguer ses sensations les unes des autres. Elle découvrit que des sons agréables provenaient des gorges de petits animaux ailés — des oiseaux dont les chants avaient souvent intercepté la lumière parvenant à ses yeux.
Un jour, oppressée par le froid, la Créature découvrit un feu laissé par des mendiants errants. Elle éprouva de la joie face à la chaleur, mais dans son enthousiasme, elle plongea la main dans les braises ardentes, la retirant rapidement avec un cri de douleur. Elle réfléchit à l’étrange paradoxe selon lequel une même cause pouvait produire des effets opposés. En examinant les matériaux du feu, elle découvrit qu’il était composé de bois. Elle observa que le bois humide placé près de la chaleur séchait et s’enflammait. Elle apprit à préserver son feu en le recouvrant de bois sec et de feuilles, et découvrit que le feu procurait aussi bien de la lumière que de la chaleur.
La famille De Lacey
Incapable de dormir, la Créature réfléchit aux événements de la journée et aux manières douces des habitants de la chaumière qu’il a observés. Malgré son vif désir de se joindre à eux, il se souvient vivement du traitement brutal qu’il a subi de la part des villageois. Cela le convainc qu’il doit rester caché dans sa hutte tout en observant la famille et en étudiant leurs agissements.
La famille De Lacey est composée d’un père âgé aveugle, de son fils Félix, de sa fille Agatha, et d’une jeune femme arabe nommée Safie qui arrive au printemps. La Créature observe leur rythme quotidien avec fascination. Il remarque que malgré leur maison confortable, les jeunes habitants de la chaumière ne sont pas entièrement heureux : ils partent souvent à l’écart ensemble et semblent pleurer. Après de nombreuses observations, il découvre la cause : une misère abjecte. Leur nourriture ne consiste qu’en légumes de jardin et le lait d’une seule vache.
Après avoir découvert leur pauvreté, la Créature décide de les aider. Pendant la nuit, il vole les outils de Félix et rapporte chez lui suffisamment de bois de chauffage pour plusieurs jours. Il constate que Félix n’a plus besoin d’aller dans la forêt ce jour-là et passe plutôt son temps à réparer la chaumière et à cultiver le jardin.
Grâce à des observations minutieuses pendant plusieurs mois, la Créature fait sa découverte la plus importante : les êtres humains communiquent par des sons articulés qui transmettent des idées, du plaisir, de la douleur, des sourires et de la tristesse. Il décrit cela comme une « science divine » et désire ardemment la maîtriser. D’abord déconcerté par la prononciation rapide et le manque de lien apparent entre les mots et les objets visibles, il apprend finalement les noms des choses familières : feu, lait, pain et bois. Il apprend également les noms des membres de la famille et les formes d’adresse pour s’adresser à eux.
Ayant admiré les formes parfaites, la grâce, la beauté et les teints délicats des habitants de la chaumière, la Créature fait une révélation horrifiante lorsqu’il voit son reflet dans un bassin transparent. Au début, il n’arrive pas à croire que le monstre reflété est bien lui. Une fois pleinement convaincu, il est rempli des plus amères sensations de découragement et de mortification.
Connaissance et identité
Félix apprend à Safie à lire à l’aide des Ruines des empires de Volney. La Créature assimile ces enseignements en même temps que Safie, acquérant une vue d’ensemble de l’histoire mondiale et des empires — le génie grec, la vertu romaine, la chevalerie, le christianisme, les monarchies européennes et la découverte des Amériques par les Européens. Il pleure avec Safie face aux souffrances des peuples autochtones.
Ces récits poussent la Créature à s’interroger sur la nature contradictoire de l’humanité : comment les êtres humains peuvent-ils être à la fois puissants, vertueux et magnifiques, mais aussi vicieux et vils ? Il conclut que la grande vertu est le plus grand honneur pour un être sensible, tandis que le vice vil est une dégradation pire que celle des créatures les plus humbles.
En écoutant les leçons de Félix, la Créature apprend la structure de la société humaine : la division de la propriété, les vastes richesses et l’extrême pauvreté, les systèmes de rang, de lignée et de naissance noble. Il réalise que les êtres humains valorisent par-dessus tout une ascendance noble et sans reproche ainsi que la richesse ; ceux qui sont dépourvus des deux sont presque universellement traités comme des vagabonds ou des esclaves. En comparant cela à sa propre situation — pas de créateur connu, pas de famille, pas d’argent, de biens ou d’amis, une forme hideusement difforme et solitaire, sans pareille parmi les êtres humains —, il est horrifié de conclure qu’il est un monstre rejeté par toute l’humanité.
La découverte du journal de Victor
Lors d’une promenade habituelle dans la forêt, la Créature tombe sur une valise en cuir contenant des vêtements et plusieurs livres rédigés dans la langue européenne qu’il a apprise en observant la famille. Il se consacre à l’étude de trois livres qui façonnent sa vision du monde émergente : Les Souffrances de Werther résonne avec son profond désir de lien ; Les Vies de Plutarque nourrit son admiration pour la bonté morale ; Le Paradis perdu le touche profondément, car il le lit comme une histoire littérale, ce qui l’amène à s’identifier à la fois à la solitude profonde d’Adam et au ressentiment amer de Satan.
En triant les vêtements, la Créature trouve le journal de laboratoire de Victor, qui retrace l’intégralité du processus de sa création, étape par étape. Les descriptions explicites et horrifiées du journal concernant ses propres origines et sa forme répugnante le remplissent d’agonie et de rage, le poussant à maudire Victor en tant que son « créateur maudit ».
La présentation manquée
Après avoir surmonté la douleur d’apprendre ses origines, la Créature décide de se présenter à la famille De Lacey, espérant que leur bonté éprouvée les amènera à fermer les yeux sur sa difformité physique. Saisissant l’opportunité que représente le départ des enfants De Lacey et de Safie du cottage pour une longue promenade, laissant le père âgé et aveugle seul, la Créature s’approche et est accueillie à l’intérieur par De Lacey. Alors qu’il tente de se confier au vieil homme au sujet de son identité, le reste de la famille rentre. Horrifié par son apparence, Felix l’attaque violemment, Agatha s’évanouit et Safie s’enfuit terrifiée. La Créature s’enfuit vers sa hutte avant d’avoir pu terminer sa supplique pour obtenir leur acceptation.
Conséquences et confrontation
Meurtre et culpabilité
La Créature, submergée par la rage après avoir été rejetée, déclare une guerre éternelle à toute l’humanité, et plus particulièrement à Victor. Elle incendie la chaumière des De Lacey et résout de se rendre à Genève pour confronter son créateur. Au cours de son voyage, elle rencontre le jeune frère de Victor, William, qui s’enfuit en hurlant et l’appelle monstre. Se souvenant que William est un parent de Victor, la Créature le tue et s’empare du petit portrait d’Elizabeth Lavenza que porte William, captivée par la beauté de cette dernière mais furieuse de ne voir en elle que dégoût et peur.
Après avoir assassiné William, la Créature trouve Justine Moritz endormie dans une grange et dissimule le portrait d’Elizabeth sur elle pour la faire accuser du meurtre. Victor comprend que l’assassinat de William et l’exécution imminente de Justine découlent directement de ses propres recherches scientifiques et de l’abandon subséquent de la créature. Lors du procès de Justine, Victor souhaite désespérément avouer sa culpabilité pour la sauver, mais sait qu’une telle déclaration serait rejetée comme relevant de la folie. Après l’exécution de Justine, Victor est rongé par une culpabilité et des remords insupportables, se retirant du monde tel « un esprit malin ».
La confrontation alpine
Victor, cherchant du réconfort dans la grandeur des Alpes, rencontre la Créature sur le glacier du Montanvert. La Créature fait appel à la sympathie de Victor, expliquant que ses impulsions malveillantes ne proviennent que du fait d’avoir été rejetée et haïe par toute l’humanité. Elle présente sa demande comme raisonnable et modérée : une compagne de la même laideur, avec laquelle elle vivra en exil permanent et isolé dans les territoires sauvages d’Amérique du Sud. Elle promet qu’elles survivront grâce à une nourriture végétale simple, vivront inoffensivement à l’écart de toute société humaine et ne causeront plus jamais de tort à l’humanité.
Victor est touché par le raisonnement de la Créature, et après avoir réfléchi à son devoir de créateur de lui accorder le moindre bonheur qui est en son pouvoir, il accepte à contrecœur. Il lui fait prêter un serment solennel de quitter définitivement l’Europe et toutes les régions habitées par les humains immédiatement après avoir reçu sa compagne.
La Destruction aux Orcades
Victor se rend en Angleterre pour acquérir des connaissances pour son travail, et finit par s’installer sur l’une des îles les plus reculées des Orcades : un roc dénudé battu par les vagues, dont le sol est si stérile qu’il ne parvient à peine à nourrir cinq misérables habitants. Au fur et à mesure que l’œuvre avance, elle devient chaque jour « plus horrible et fastidieuse ». Parfois Victor ne peut pas pénétrer dans son laboratoire pendant des jours ; d’autres fois, il travaille jour et nuit. Le travail est « sale », et à la différence de sa première expérience où l’enthousiasme l’aveuglait sur l’horreur, il l’approche désormais « de sang-froid », et son « cœur se soulève souvent à la vue de l’œuvre de mes mains ».
Un soir, alors qu’il est seul assis tandis que le soleil se couche et que la lune se lève, Victor réfléchit aux conséquences de son travail actuel. Il craint que la créature femelle ne devienne bien plus malveillante que son compagnon, qu’elle refuse de respecter le pacte, ou qu’elle soit dégoûtée par la difformité du monstre. Il réalise que l’un des premiers effets de la soif de sympathie du démon serait des enfants – une race de démons propagée sur la terre. La méchanceté de sa promesse le frappe pour la première fois.
Tout en tremblant, le cœur lui manquant, Victor lève les yeux et voit, à la lumière de la lune, le démon à la croisée de la fenêtre. Victor, « tremblant de passion », déchire en morceaux l’être sur lequel il travaillait. Le démon voit Victor détruire la créature dont l’existence future dépendait son bonheur, et avec un hurlement de « désespoir et de vengeance diaboliques », il s’éloigne.
Le démon confronte Victor, exigeant l’exécution de sa promesse. Victor refuse, déclarant qu’il rompt sa promesse et ne créera jamais une autre créature égale en difformité et en méchanceté. Le démon l’avertit qu’il s’est montré indigne de sa condescendance et lui rappelle qu’il a le pouvoir de le rendre malheureux au-delà de toute imagination. Victor reste ferme, affirmant que l’heure des hésitations est passée. Le démon grince des dents, déclarant : « C’est bien. Je m’en vais ; mais souviens-toi, je serai avec toi la nuit de tes noces. »
Pertes finales
La nuit des noces de Victor, dans une auberge au bord du lac, une violente tempête se lève tandis que Victor est paralysé par la terreur de l’attaque promise par la créature. Après avoir envoyé Élisabeth seule dans sa chambre, Victor entend un cri perçant à glacer le sang. Il se précipite et trouve le corps sans vie d’Élisabeth jeté sur le lit, la marque meurtrière de la créature sur son cou. La créature lui sourit par la fenêtre ouverte avant de s’enfuir au-dessus du lac à une vitesse surhumaine.
Victor arrive à Genève et trouve son père Alphonse brisé par la nouvelle du meurtre d’Élisabeth. Alphonse dépérit de chagrin et meurt dans les bras de Victor quelques jours seulement après le retour de ce dernier. Victor sombre dans la folie, maintenu en isolement cellulaire pendant des mois avant de recouvrer peu à peu la raison. Il se rend chez un juge pénal local pour déclarer qu’il connaît l’identité du meurtrier, mais le magistrat affirme que les capacités surnaturelles de la créature rendent sa capture impossible et refuse d’allouer des ressources. Victor déclare qu’il poursuivra la créature seul, consacrant toute sa vie à la vengeance.
La conclusion arctique
Victor suit des indices ténus à travers les continents, du Rhône à la mer Noire, en passant par la Tartarie et la Russie. Il poursuit la créature vers le nord, aidé par des provisions inexplicables et une aide mystérieuse. Dans l’Arctique gelé, il se procure un traîneau et des chiens, gagnant du terrain sur le monstre. Il aperçoit le traîneau de la créature devant lui et avance, jusqu’à ce qu’une mer de glace soudaine fissure la glace entre eux. Victor se retrouve bloqué sur un radeau de glace qui rétrécit jusqu’à l’apparition du navire de Walton, qui lui porte secours.
Sur son lit de mort, Frankenstein justifie son refus de créer un compagnon pour la créature, expliquant que son devoir envers l’humanité prévalait sur son devoir envers la créature. De son dernier souffle, il met en garde Walton contre la recherche du bonheur dans la tranquillité et l’ambition, même l’ambition apparemment innocente de se distinguer dans le domaine des sciences.
À minuit, Walton découvre la Créature pleurant sur les restes de Frankenstein. La Créature explique que son cœur a été torturé lorsqu’il a été arraché de l’amour à la haine, et raconte comment l’envie et l’indignation l’ont poussé à la vengeance. Il déplore que même l’ange déchu ait eu des amis et des compagnons dans sa désolation, alors que lui est seul.
La Créature déclare qu’il n’agira pas comme un instrument de nuisances futures, et que sa propre mort est nécessaire pour achever l’arc de son existence. Il prévoit de se rendre au point le plus septentrional de la Terre, de construire un bûcher funéraire et de réduire son corps en cendres. Il présente la mort comme son seul repos possible, car elle le libérera de l’agonie constante et des émotions brûlantes inassouvies qui l’ont torturé. Après avoir adressé ses adieux définitifs, il saute par la fenêtre de la cabine sur le radeau de glace et est emporté dans l’obscurité.
Résonance thématique
Le roman de Shelley constitue une méditation profonde sur la création, la responsabilité et les conséquences de l’abandon. Victor et sa Créature partagent tous deux l’expérience de l’isolement : Victor s’isole dans ses recherches scientifiques et finit par s’éloigner de sa famille, tandis que la Créature est physiquement isolée par son apparence et abandonnée par son créateur au moment même de sa naissance. Le cadre épistolaire du roman crée des couches de narration qui compliquent la question de la vérité et du point de vue. L’ambition de Walton fait écho à celle de Victor, suggérant le cycle perpétuel de la quête de connaissance destructrice. L’éducation de la Créature et sa corruption ultérieure soulèvent des questions sur l’inné et l’acquis — si Victor avait accueilli sa création, le monstre aurait-il pu rester bienveillant ? Shelley interroge les limites de l’ambition scientifique et les responsabilités morales qui accompagnent le pouvoir de créer.