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fiction

Roméo et Juliette

Shakespeare, William · 1597 · 4 min

Partie 1

Le volume s’ouvre sur la déclaration audacieuse de son titre — « La Tragédie de Roméo et Juliette » de William Shakespeare — suivi d’un Dramatis Personæ qui présente les principaux acteurs de ce drame véronais maudit. Le Prince Escalus gouverne la cité. Mercutio, parent du Prince, et Paris, un jeune noble, gravitent tous deux autour de l’action. D’un côté se tient la maison des Montaigu : Lord et Lady Montaigu, leur fils tourmenté Roméo, son cousin Benvolio, et divers serviteurs dont Abram et Balthasar. Du côté adverse se dresse la maison des Capulet : Lord et Lady Capulet, leur jeune fille Juliette, le fougueux Tybalt, la bavarde Nourrice, et une suite de serviteurs menée par Samson et Grégoire. Frère Laurent et Frère Jean de l’ordre des Franciscains agiront en coulisses, tandis que trois musiciens, un apothicaire, un officier, et les citoyens de Vérone complètent l’univers. Le décor est planté : la majeure partie de la pièce se déroule à Vérone, avec une unique escapade à Mantoue dans le dernier acte.

Avant qu’un seul acteur ne prenne la parole, le Chœur s’avance pour cadrer ce qui va suivre. En quatorze vers mesurés, le public se voit révéler toute la forme de la tragédie. Deux maisons d’égale dignité, dans la belle Vérone, ont nourri une vieille rancune qui éclate constamment en violences nouvelles, tachant les mains civiles des citoyens d’un sang civil. Du flanc fatal de ces deux ennemis naîtra une paire d’amants maudits par les étoiles, dont la chute malheurée et pitoyable n’ensevelira la discorde des parents que par leur propre mort. Le passage redoutable de cet amour marqué par la mort, et la persistance de la rage des parents, que rien sinon la fin des enfants ne saurait effacer — voici maintenant le spectacle de deux heures de la scène. Le Chœur implore des oreilles patientes, promettant que la peine des acteurs s’efforcera de remédier à ce que le prologue aurait omis.

Le rideau se lève sur une place publique de Vérone, où deux serviteurs des Capulet — Samson et Grégoire — s’avancent armés d’épées et de boucliers, en quête de bagarre. Leurs échanges sont grivois et mordants. Samson déclare qu’ils ne « porteront pas le charbon », ce qui signifie qu’ils ne supporteront pas les insultes ; Grégoire transforme chaque mot en un jeu de mots à caractère sexuel, multipliant les arguties sur les cols et la colère. Lorsque Samson admet qu’il est « prompt à s’émouvoir » pour frapper, Grégoire lui rappelle qu’il n’est pas prompt à s’émouvoir — et ainsi ils croisent le fer autant avec les mots qu’avec l’acier. La cause en est les Montague. Samson jure de repousser les hommes de Montague hors du mur et de plaquer leurs servantes contre le mur, et lorsque Grégoire lui demande s’il entend leurs têtes ou leur virginité, Samson répond en souriant qu’ils prendront cela dans le sens où ils l’entendront.

Dans cette atmosphère chargée surviennent Abram et Balthazar, serviteurs des Montague. Samson mord son pouce en leur direction — un geste d’insulte délibéré. Abram exige de savoir s’il leur mord le pouce, et les serviteurs des Capulet se dérobent à la confrontation avec des faux-fuyants d’hommes de loi. Mais l’étincelle jaillit malgré tout, et tandis que Samson dégaine, Benvolio, neveu de Montague, apparaît et leur intime de rengainer leurs épées. Ils ne l’écouteront pas longtemps. Tybalt, fougueux parent de Lady Capulet, survient en tempête, traitant Benvolio de lâche et réclamant un combat. Quoi, l’épée dégainée et l’on parle de paix ? Il déteste ce mot autant qu’il déteste l’enfer, tous les Montague, et Benvolio lui-même. L’acier étincelle.

La rue se remplit de citoyens brandissant des gourdins et des pertuisanes, criant « À bas les Capulet ! À bas les Montague ! » Capulet arrive en robe, réclamant sa longue épée, pour être raillé par sa femme, qui exige plutôt une béquille. Montague essaie de même de se jeter dans la mêlée, retenu par sa dame. Puis le prince Escalus fait son entrée avec ses suivants, courroucé et las de ces « sujets rebelles, ennemis de la paix ». Trois rixes civiles, nées d’un mot en l’air, ont par trois fois troublé la tranquillité de Vérone et contraint les anciens citoyens à laisser là leurs ornements sépulcraux pour brandir des pertuisanes rouillées. Si les familles troublent à nouveau ses rues, leurs vies en paieront le prix. Le prince ordonne ensuite à Capulet de l’accompagner et convoque Montague à la vieille Free-town pour un jugement ultérieur. Tous se dispersent.

Resté seul, Montaigu se tourne vers Benvolio et lui demande qui a remis sur le tapis cette ancienne querelle. Benvolio raconte la mêlée : les domestiques qui se battaient, puis Tybalt qui s’est jeté sur lui, les épées sifflant inoffensivement dans le vent, jusqu’à ce que de plus en plus de gens se joignent à eux. Lady Montaigu, plus inquiète que courroucée, s’enquiert de Roméo, heureuse qu’il n’ait pas pris part à cette rixe. Benvolio lui dit qu’il a vu Roméo ce matin même sous le bocage de sycomores, à l’ouest de la ville. Il s’est approché, mais Roméo, l’ayant aperçu, s’est enfoncé dans le couvert du bois. Benvolio, mesurant ses propres affections à son humeur, a suivi son caprice plutôt que son ami.

Montaigu confirme que bien des matins on a vu Roméo là-bas, ses larmes augmentant la rosée du matin frais, ajoutant aux nuages plus de nuages par ses profonds soupirs. Dès que le soleil, source de toute allégresse, commence à tirer les rideaux ombreux du lit d’Aurore, Roméo se glisse chez lui, ferme ses fenêtres, exclut le beau jour et se fabrique une nuit artificielle. Cette mélancolie se révélera noire et de mauvais augure, à moins qu’un bon conseil n’en puisse écarter la cause. Benvolio demande si son oncle connaît la cause ; Montaigu répond qu’il a pressé Roméo en personne et par bien des amis, mais que le garçon est le conseiller de ses propres affections, si secret et si clos que, tel un bourgeon rongé par un ver envieux avant de pouvoir déployer ses feuilles, il ne peut être sondé. Ils s’écartent tandis que Roméo entre.

— Bonjour, cousin, dit Benvolio.

Roméo, mélancolique et distrait, demande si le jour est si jeune. Il vient à peine de sonner neuf heures.

— Hélas ! les heures tristes semblent longues.

Il s’étonne de la hâte de son père, et quand Benvolio demande quelle tristesse allonge les heures de Roméo, le jeune homme répond que de ne pas avoir ce qui, s’il l’avait, les rendrait courtes.

— Amoureux ? Dehors.

— D’amour ? Hors de la faveur de celle que j’aime.

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