Les Aventures de Roderick Random
Les Aventures de Roderick Random par Smollett, T. (Tobias) se déploient à travers 69 chapitres. CHAPITRE I Le narrateur se présente comme étant né dans la partie septentrionale du royaume uni, dans la maison de son grand-père — un gentilhomme riche et influent qui exerçait la fonction de juge et qui était particulièrement reconnu pour son traitement sévère envers les mendiants. Le père du narrateur, le plus jeune des fils, épousa secrètement une parente pauvre qui servait comme gouvernante, et le narrateur fut leur premier enfant. Avant sa naissance, sa mère fit un rêve troublant dans lequel elle s'imagina donner naissance à une balle de tennis que le diable frappait avec une raquette, pour ensuite revenir se planter dans la terre sous la forme d'un arbre en fleurs. Un devin des Highlands interpréta favorablement cette vision, prédisant que l'enfant deviendrait un grand voyageur qui ferait face à de nombreux dangers mais finirait par revenir dans sa patrie dans le bonheur et la considération. Ayant découvert le mariage, le grand-père déshérita son fils, lui donnant jusqu'à la nuit pour trouver un nouveau logement et lui faisant parvenir une note pour les frais de son éducation. Le père et la mère se réfugièrent dans une ferme où demeurait un vieux domestique. Lorsque la grossesse de la mère avança davantage, elle retourna secrètement, déguisée, à la maison de son grand-père, implorant la miséricorde en faveur de son enfant à naître. Le grand-père prétendit qu'un vœu l'empêchait d'offrir son aide et la congédia. La mère entra immédiatement en travail et, avec l'aide d'une fidèle servante, accoucha du narrateur dans un grenier avant d'être expulsée de force trois jours plus tard. Le traitement brutal et le manque de soins la firent tomber dans une maladie de langueur qui s'avéra mortelle. Le père, accablé de chagrin, perdit la raison pendant six semaines, durant lesquelles le grand-père prit l'enfant en charge. Après son rétablissement, le père fut rempli d'une mélancolie profonde et disparut ensuite sans laisser de trace, ce qui alimenta les spéculations selon lesquelles il aurait mis fin à ses jours. Ce chapitre retrace la difficile enfance du narrateur, englobant l'hostilité familiale précoce, l'accès restreint à son grand-père, l'éducation négligée, les mauvais traitements infligés par son précepteur, et paradoxalement comment l'adversité alimenta ses progrès scolaires. Le récit suit l'organisation par celui-ci de cabales d'écoliers contre son persécuteur, le harcèlement incessant de l'héritier de son grand-père, et s'achève par sa violente vengeance contre le précepteur. Le chapitre relate l'arrivée de l'oncle maternel du narrateur, le lieutenant Tom Bowling, un marin aguerri à la constitution robuste, qui fournit à son neveu des nécessités et se détermine à persuader le grand-père de pourvoir à ses besoins. Le duo se met en route pour la maison du juge mais est assailli par les chiens de la famille, Jowler et César, que le lieutenant tue dans un combat furieux avant d'affronter le jeune propriétaire terrien et d'exiger l'entrée. Une fois admis, l'oncle Tom plaide avec passion en faveur du Roderick négligé, opposant son parent au chouchou favorisé, ce « Jack de beau temps » parmi les cousins, tandis que les parentes le fustigent comme un goudronnier insolent. Le juge les accueille avec une politesse froide et propose seulement de mettre le garçon en apprentissage chez un artisan, proposition que le lieutenant refuse avec indignation avant de repartir avec le narrateur au village, ses malédictions retentissant contre le vieux requin et le fretin qui l'entouraient.
CHAPITRE I
CHAPITRE I Le narrateur se présente comme étant né dans la partie septentrionale du royaume uni, dans la maison de son grand-père — un gentilhomme riche et influent qui exerçait la fonction de juge et qui était particulièrement connu pour son traitement sévère des mendiants. Le père du narrateur, le plus jeune des fils, épousa secrètement une parente pauvre qui servait de gouvernante, et le narrateur fut leur premier enfant. Avant sa naissance, sa mère fit un rêve troublant dans lequel elle s'imagina donner naissance à une balle de tennis que le diable frappa au loin avec une raquette, avant qu'elle ne revienne et ne s'enfonce dans la terre comme un arbre en fleurs. Un devin des Highlands interpréta favorablement cette vision, prédisant que l'enfant deviendrait un grand voyageur qui ferait face à de nombreux dangers mais finirait par revenir dans sa patrie dans le bonheur et la considération. Lorsqu'il découvrit le mariage, le grand-père déshérita le père, lui accordant jusqu'à cette nuit-là pour trouver un nouveau logement et lui envoyant une note pour les frais de son éducation. Le père et la mère se réfugièrent dans une ferme où logeait un vieux serviteur. Lorsque la grossesse de la mère avança davantage, elle retourna secrètement à la maison du grand-père déguisée, implorant la miséricorde en faveur de son enfant à naître. Le grand-père prétendit qu'un vœu l'empêchait d'offrir son aide et la congédia. La mère entra immédiatement en travail et, avec l'aide d'une fidèle servante, accoucha du narrateur dans une mansarde avant d'être expulsée de force trois jours plus tard. Le traitement cruel et le manque de soins la firent tomber dans une maladie consomptive qui se révéla mortelle. Le père, accablé de chagrin, perdit la raison pendant six semaines, durant lesquelles le grand-père prit l'enfant chez lui. Une fois rétabli, le père fut rempli d'une profonde mélancolie et disparut plus tard sans laisser de trace, ce qui fit naître des spéculations selon lesquelles il aurait mis fin à ses jours.
De ma Naissance et de ma Parenté
De ma naissance et de ma parenté Le grand-père du narrateur, homme d'une fortune considérable et jouissant d'une réputation dans le domaine juridique, présidait les affaires avec une sévérité particulière envers les mendiants, pour lesquels il nourrissait une vive aversion. Le père du narrateur, son plus jeune fils, tomba amoureux d'une parente pauvre qui servait comme gouvernante dans la maison du grand-père et l'épousa secrètement. De cette union naquit le narrateur comme premier fruit. Avant la naissance du narrateur, sa mère eut un rêve troublant, dont un prophète des Highlands donna une interprétation favorable. Le rêve représentait le diable agissant en qualité de sage-femme pour délivrer une balle de tennis, qu'il frappa violemment au loin, mais qui revint et s'enfonça dans la terre sous la forme d'un arbre florissant couvert de fleurs. Le prophète prédit que l'enfant deviendrait un grand voyageur, qui rencontrerait de nombreux dangers mais finirait par revenir prospérer dans sa terre natale. Lorsque le grand-père apprit le mariage, il chassa avec colère son fils et sa belle-fille, refusant toute assistance en vertu d'un vœu antérieur. Ils trouvèrent refuge dans une humble ferme. Peu avant son accouchement, la mère se rendit déguisée à la maison du grand-père pour solliciter quelque compassion, mais fut immédiatement éconduite. Elle entra en travail ce jour-là même dans un galetas. Malgré son état de vulnérabilité, elle fut chassée dans les trois jours, et le domestique qui l'avait assistée fut congédié. La combinaison du froid, du besoin et du chagrin la fit tomber malade et mourir. Le père fut accablé de douleur, perdant la raison pendant six semaines. Le grand-père finit par se radoucir assez pour recueillir le nourrisson, et lorsque le père se rétablit, il sombra dans la mélancolie avant de disparaître mystérieusement, ce qui fit naître des rumeurs de suicide.
CHAPITRE II
Ce chapitre relate l'enfance difficile du narrateur, marquée par l'hostilité familiale précoce, l'accès restreint à son grand-père, une éducation négligée, les mauvais traitements infligés par son maître, et, paradoxalement, par la manière dont l'adversité a nourri ses progrès scolaires. Le récit suit l'organisation de complots d'écoliers contre son persécuteur, le harcèlement incessant de l'héritier de son grand-père, et s'achève par sa violente vengeance contre le précepteur.
Hostilité Familiale Précoce
Les cousins du narrateur nourrirent une haine implacable à son égard, d'autant plus que sa petite enfance se révélait prometteuse et qu'il ressemblait considérablement à son père bien-aimé. Des soupçons couraient selon lesquels ses oncles auraient pu être impliqués dans le destin de son père, mus par des préoccupations liées à l'héritage, bien que ces soupçons fussent considérés comme de simples conjectures par des observateurs avisés.
Accès Restreint au Grand-père
Avant d'avoir atteint l'âge de six ans, les cousins du narrateur avaient si efficacement barricadé l'accès à son grand-père qu'il ne pouvait le voir qu'en cachette — s'approchant parfois de son fauteuil quand le vieil homme surveillait ses ouvriers aux champs. Lors de ces brèves rencontres, son grand-père lui caressait la tête, l'encourageait à être sage et lui promettait de prendre soin de lui.
Éducation Négligée
Le narrateur fut envoyé dans une école de village où son grand-père exerçait de l'influence, mais le grand-père ne paya jamais sa pension et ne lui fournit ni vêtements, ni livres, ni aucun autre nécessaire. Sa condition devint misérable et méprisable, et le maître d'école, qui l'instruisait gratuitement par crainte du grand-père, ne se souciait nullement de ses progrès — pourtant, malgré ces difficultés, le narrateur devint compétent en latin.
Mauvais traitements du maître
Le maître d'école, craignant le mécontentement de son protecteur, jura d'empêcher tout progrès futur du narrateur. Il confectionna une planche percée de cinq trous dans lesquels il engagea les doigts et le pouce de la main droite du narrateur, la fixant solidement à l'aide d'un cordonnet afin de le rendre incapable d'écrire des lettres à son grand-père.
Adversité et progrès académique
Des châtiments sévères et injustes devinrent la routine — le narrateur était rendu responsable de méfaits dont les auteurs restaient inconnus, déclaré coupable de crimes qu'il n'avait jamais commis, et fouetté pour des malheurs tels que faillir se noyer ou être mordu par un chien. Pourtant, son génie peu commun, allié aux conseils du pion de l'école (qui avait été au service de son père), lui permit de faire des progrès surprenants en lettres classiques, en rédaction et en arithmétique.
Cabale contre le pédant
À l'âge de douze ans, reconnu comme le meilleur élève de l'école, le narrateur exploita son influence pour former une bande de trente garçons et se mit à organiser des complots contre son persécuteur. Ils attaquaient des apprentis rivaux qui avaient revendiqué leur terrain de jeu, se livraient à des escarmouches à coups de pierres, et devinrent la terreur du village — des partis sollicitaient même leur assistance pour peser sur les conflits locaux.
Poursuite par l'héritier
Le narrateur exploitait chaque jour de récréation pour s'approcher de son grand-père, bien que l'accès lui restât difficile en raison de ses nombreuses cousines qui s'unissaient contre lui comme contre leur ennemi commun. L'héritier, âgé d'environ dix-huit ans et passionné de chasse au renard, avait hérité de l'antipathie de son grand-père et lançait fréquemment ses beagles sur le narrateur, encouragé par le précepteur qui cherchait à se concilier les faveurs de l'astre montant.
Démolition des dents du précepteur
Acculé par le précepteur et ses chiens dans une maison de fermier où le narrateur avait cherché refuge, il visa avec un gros caillou. Son adresse au tir fit sauter quatre des dents de devant du précepteur, le rendant incapable d'exercer ses fonctions de clerc de paroisse et lui procurant ainsi vengeance pour des années de persécution.
CHAPITRE III
Le chapitre raconte l'arrivée de l'oncle maternel du narrateur, le lieutenant Tom Bowling, un marin aguerri à la constitution robuste qui pourvoit aux besoins de son neveu et décide de persuader le grand-père de prendre des dispositions pour lui. Le duo se met en route vers la demeure du juge, mais se fait attaquer par les chiens de la famille, Jowler et César, que le lieutenant tue dans un combat furieux avant d'affronter le jeune hobereau et d'exiger qu'on le laisse entrer. Une fois reçu, l'oncle Tom plaide passionnément en faveur du délaissé Roderick, opposant son parent au « Jack des beaux jours » choyé parmi les cousins, tandis que les parentes le fustigent comme un matelot effronté. Le juge les accueille avec une politesse glaciale et ne propose que de mettre le garçon en apprentissage chez un artisan — proposition que le lieutenant refuse avec indignation — avant de repartir avec le narrateur vers le village, ses imprécations retentissant contre le vieux requin et le fretin qui l'entouraient.
L'arrivée de l'oncle
Vers cette époque, l'unique frère de ma mère, lieutenant d'un navire de guerre qui était resté longtemps à l'étranger, arriva dans son pays. Informé de l'état du narrateur, il vint lui rendre visite et lui fournit le nécessaire. L'oncle résolut de ne pas partir avant d'avoir persuadé le grand-père de constituer quelque chose de convenable pour l'avenir du narrateur. Cependant, cette tâche se révéla difficile, car l'oncle ignorait totalement le caractère du juge et la manière d'être des hommes en général, son éducation s'étant entièrement faite en mer.
Description de l'oncle
L'oncle est décrit comme un homme de forte constitution, quelque peu bancal, avec un cou de taureau et un visage buriné par les intempéries. Sa tenue se compose d'un manteau militaire retouché par le tailleur du navire, d'une veste de flanelle rayée, d'une culotte rouge renforcée de poix, de bas de laine peignée gris impeccables, de grandes boucles d'argent couvrant les trois quarts de ses souliers, d'un chapeau galonné d'argent, d'une perruque à bourse noire bouclée, d'une chemise à carreaux, d'un foulard de soie, d'un sabre court à poignée de laiton attaché à sa cuisse par une ceinture de lacet ouvragée, et d'un solide bâton de chêne sous le bras. Ainsi équipé, il partit avec le narrateur en direction de la maison du grand-père.
Voyage vers la maison du grand-père
L'oncle et le narrateur, qui, grâce à la générosité de son oncle, avait désormais une apparence tout à fait convenable, partirent ensemble pour la maison du grand-père. Leur arrivée fut marquée par une rencontre avec Jowler et César, deux chiens que le jeune cousin avait lâchés à leur approche.
Rencontre avec les chiens
Étant bien au fait de la férocité de ces roquets, le narrateur s'apprêtait à prendre la fuite, mais son oncle le saisit d'une main, brandit son gourdin de l'autre et, d'un seul coup, étendit Caesar sur le sol. Se voyant attaqué en même temps par-derrière par Jowler, et craignant que Caesar ne se relevât, l'oncle tira son couteau, fit volte-face et, d'un coup heureux, trancha la tête de Jowler.
Défaite des chiens
À ce moment, le jeune chasseur de renards et trois domestiques armés de fourches et de fléaux vinrent au secours des chiens, qu'ils trouvèrent hors d'haleine sur le terrain. Le jeune gentilhomme était si irrité par la mort de ses favoris qu'il ordonna à ses gens d'avancer et de tirer vengeance de leur bourreau, accablant l'oncle de toutes les malédictions et de tous les reproches que sa colère pouvait suggérer. L'oncle s'avança d'un air intrépide, et à la vue de ses armes sanglantes, ses adversaires reculèrent précipitamment.
Confrontation avec le jeune écuyer
L'oncle s'adressa au jeune écuyer, expliquant que les chiens l'avaient assailli sans provocation et que ce qu'il avait fait était en état de légitime défense. Il lui conseilla d'être courtois et de les laisser passer. Que le jeune écuyer ait mal interprété le désir de paix de l'oncle ou qu'il ait été enragé par le sort de ses limiers au-delà de sa résolution habituelle n'est pas clair, mais il arracha un fléau à l'un de ses suivants et menaça d'agresser le lieutenant, qui répondit par une déclaration nautique de son cru. La colère du jeune gentilhomme fut apaisée lorsqu'il s'aperçut que ses domestiques s'étaient glissés dans la maison, avaient fermé la porte et l'avaient laissé seul pour décider de la querelle.
Admission auprès du grand-père
Un entretien s'ensuivit, au cours duquel le jeune écuyer exigea de savoir qui était l'oncle et ce qu'il voulait. Après une pause de quelques minutes, ils furent admis et conduits à la chambre du grand-père, à travers une haie de parents qui honorèrent le narrateur de regards très significatifs comme il passait. Le grand-père, alité par la goutte, reçut ce parent après sa longue absence avec une froideur toute de civilité.
Dialogue avec le juge
L'oncle, après deux ou trois révérences à la manière des gens de mer, s'adressa au grand-père en l'appelant « père » et lui expliqua que le garçon qui l'accompagnait était Roderick Random, son propre neveu et le sang même du grand-père. Il exigea que celui-ci fît quelque chose pour le pauvre garçon, qui avait été traité d'une façon fort peu chrétienne. Il opposa cette négligence aux faveurs accordées au jeune gentilhomme, faisant observer que le narrateur était tout aussi proche parent du grand-père. Il reprocha au grand-père les injustices commises envers le père du narrateur et le pressa de donner satisfaction avant qu'il ne fût trop tard.
La réprimande de l'oncle
Les jeunes filles, trop émues pour se contenir, élevèrent la voix contre l'oncle, le traitant de misérable coquin, d'insolent goudron et de rustre impertinent. Le juge imposa le silence et réprimanda calmement l'oncle pour sa conduite inconvenante, qu'il dit vouloir excuser en raison de l'éducation de celui-ci. Il affirma qu'il avait été très bon envers le garçon, l'ayant maintenu à l'école pendant sept ou huit ans, bien qu'il eût été informé que le garçon ne faisait aucun progrès et était adonné à toutes sortes de vices. L'oncle contesta vivement ces affirmations, déclarant que le narrateur était en réalité le meilleur écolier de son âge dans tout le pays, et qu'il avait été laissé comme une épave à la merci du vent et des intempéries par la négligence du grand-père. Lorsque le juge proposa de mettre le narrateur en apprentissage chez un artisan, l'oncle refusa catégoriquement, disant qu'il aimerait mieux voir le garçon pendu qu'apprenti chez un tailleur.
Départ de la maison
Avec défi, l'oncle déclara qu'il voyait clairement de quoi il retournait, affirma que tant qu'il aurait un shilling, le narrateur ne manquerait pas d'un tester, et prononça que le vieux gentleman était destiné à l'autre monde, mais fort mal préparé pour le voyage. Ainsi se termina leur visite. Ils regagnèrent le village, l'oncle marmonnant des malédictions tout au long du chemin contre le vieux requin et le jeune fretin qui l'entouraient.
CHAPITRE IV
Il s'agit du chapitre IV de l'œuvre, qui relate les derniers jours, la mort et la succession posthume du grand-père du narrateur, ainsi que les diverses réactions de sa famille élargie face aux termes de son testament.
Le grand-père fait son testament
Quelques semaines après la première visite de la famille au juge malade, il envoie chercher un notaire pour formaliser son testament, car sa maladie s'est propagée de ses jambes à son estomac et il est conscient de sa mort imminente.
Seconde visite au chevet du grand-père
À la demande du grand-père que tous ses descendants lui rendent visite avant sa mort, le narrateur et son oncle entreprennent un second voyage vers son lit de mort, rejoignant une foule de parents rassemblés dans sa chambre. L'oncle prodigue au mourant une consolation non conventionnelle et grossière qui scandalise les autres personnes présentes, notamment le curé de la paroisse.
Commentaires de l'oncle au chevet
Après que le groupe se retire dans une autre pièce pour échapper aux remarques irrévérencieuses de l'oncle, un cri pitoyable provenant de la chambre du grand-père confirme sa mort. Lorsque le groupe revient dans la pièce, l'oncle interprète un rêve récent comme un présage de la mort, faisant des comparaisons grossières entre le décès du grand-père et un requin mort emporté au fond de la mer par le diable, ce qui met le pasteur hors de lui et déclenche une vive altercation.
Mort du grand-père
Le groupe confirme la mort du grand-père après avoir entendu les cris de détresse des jeunes femmes qui veillaient sur lui dans ses derniers instants. L'héritier de la famille, le jeune écuyer, feint le chagrin, demandant en larmes si son grand-père est véritablement décédé, et l'oncle confirme sans détour le décès, aggravant davantage les tensions avec le pasteur indigné qui condamne son irrévérence.
Conjectures sur le contenu du testament
En attendant la lecture officielle du testament prévue après les funérailles du grand-père, les membres de la famille spéculent sur son contenu. Sachant que le grand-père possède un domaine foncier rapportant 700 livres sterling par an ainsi qu'entre 6 000 et 7 000 livres placées à intérêts, les suppositions vont du jeune hobereau héritant de l'ensemble des biens immobiliers, les fonds personnels étant répartis entre le narrateur et ses cinq cousines, à l'hypothèse selon laquelle la majeure partie de l'argent reviendrait au narrateur afin d'expier les mauvais traitements que le grand-père avait infligés à son père, avec des legs plus modestes pour les petites-filles.
Lecture du testament devant les descendants
À l'heure fixée après les funérailles, le testament est lu à voix haute devant tous les descendants vivants du grand-père. L'avocat annonce que le jeune écuyer est l'unique héritier de tous les biens immobiliers et personnels du grand-père, sans legs supplémentaires attribués aux autres membres de la famille.
Déception des cousines concernant le testament
Les cousines, qui s'attendaient à recevoir des héritages, réagissent avec stupeur et affliction. L'aînée et la plus expansive des cinq s'évanouit en apprenant qu'il n'y a aucun legs, tandis que les autres manifestent des signes évidents d'indignation et de chagrin, au moins aussi sincères que leur deuil pour leur grand-père.
Réaction de l'oncle au testament
L'oncle réagit aux termes du testament avec une indignation furieuse et grossière, insultant le défunt grand-père. Le pasteur le confronte pour son irrévérence, mais les jeunes cousines prennent le parti de l'oncle contre le pasteur, l'accusant de s'ingérer dans les affaires de leur grand-père et de répandre de fausses histoires qui ont conduit à leur exclusion du testament. Le jeune squire taquine l'oncle en évoquant la chasse au pasteur comme un blaireau, et l'oncle, frustré, déclare que lui et le narrateur partiront immédiatement.
CHAPITRE V
Après que le comportement abusif du maître d'école pousse le narrateur à vouloir se venger, il complote avec ses loyaux amis Jeremy Gawky et Hugh Strap, deux camarades de classe qui lui sont redevables de services rendus par le passé, afin de tendre une embuscade au pédant tyrannique et de le fouetter avant de partir pour l'université. L'oncle, ayant eu vent de la cruauté du maître d'école, se joint au complot et exécute lui-même le châtiment en attachant le maître terrorisé à un poteau et en lui infligeant une solide correction à l'aide d'un chat à neuf queues, après quoi le narrateur est installé dans un logement chez un apothicaire dans une ville universitaire, où son oncle lui fournit les fonds nécessaires à son entretien et à ses études avant de partir rejoindre son navire.
La générosité de l'oncle
En chemin vers le village, l'oncle Bowling garda le silence pendant une heure, sifflotant sans relâche tout en arborant un air sévère. Il se dépêcha ensuite de prendre de l'avance avant de s'arrêter pour exiger que le narrateur maintienne l'allure. Malgré ses manières bourrues, sa bonne nature prévalut lorsqu'il annonça que le maître d'école était « en enfer » et offrit d'emmener le garçon en mer avec lui, citant une chanson de marin à propos de la fortune. Cependant, quand le surveillant de l'école s'intercala en déclarant qu'il serait dommage de gâcher le génie du garçon, l'oncle Bowling résolut généreusement de lui offrir plutôt une éducation universitaire, prenant en charge la pension et les dépenses dans une ville voisine réputée pour ses collèges.
La brutalité du maître d'école
Avant le jour de leur départ, le maître d'école ne se contenait plus désormais, maintenant que le grand-père avait rendu l'âme. Il abreuvait le narrateur d'injures grossières, le traitant de misérable scélérat, dépravé, stupide et gueux, instruit par charité. Qui plus est — et c'était là le plus grievement outrageant —, le maître s'en prenait avec amertume à la mémoire du juge Random, qui avait pourtant bel et bien arrangé son établissement, laissant entendre que le vieux gentilhomme était damné pour n'avoir pas acquitté l'éducation du narrateur.
Projet de vengeance
Ce traitement brutal persuada le narrateur qu'il était temps de se venger. Avec ses loyaux alliés Jeremy Gawky et Hugh Strap, déterminés à se ranger à ses côtés, ils ourdirent un plan : lorsque l'huissier sortirait à quatre heures, le narrateur fermerait la grande porte pour empêcher son intervention, puis cracherait au visage du maître. Gawky et Strap traîneraient le tyran jusqu'à un banc et le fouetteraient sans pitié à coups de verges. S'ils se retrouvaient en infériorité numérique, ils feraient appel à leurs camarades pour obtenir du renfort. Gawky devait une faveur au narrateur pour lui avoir sauvé la vie de la noyade et l'avoir, à plusieurs reprises, tiré de mauvais pas en faisant ses exercices à sa place. La dévotion de Strap venait de ce qu'il avait sauvé la vie du narrateur au péril de la sienne et enduré des punitions à sa place. Tous deux avaient prévu de quitter l'école le lendemain — Gawky pour rejoindre son père, Strap pour se mettre en apprentissage chez un barbier.
L'aide de l'oncle
Informé de la conduite du maître, l'oncle Bowling entra dans une violente colère et jura de se venger. Lorsque le narrateur lui exposa son plan, l'oncle l'approuva, mais s'inquiéta de leur plan de fuite. « Laissez-moi faire, » déclara-t-il — il se chargerait de la fuite. Il prépara avec habileté l'instrument de sa vengeance, ordonna que leurs bagages fussent faits un jour à l'avance et fit préparer des chevaux pour leur départ. Quand l'heure arriva, l'oncle saisit l'occasion de l'absence du sous-maître, se précipita à l'intérieur et verrouilla la porte. Bien que le narrateur tremblât, il appela ses alliés. Strap obéit sur-le-champ, tandis que le narrateur bondissait sur le dos du maître et que Strap lui tirait la jambe, faisant tomber le tyran, pendant que Gawky se joignait à la fête en poussant un hourra. L'oncle attacha le maître à un poteau avec une corde, lui dénuda le dos et lui infligea un châtiment vigoureux à l'aide d'un chat à neuf queues, le laissant se débattre et jurer. Le sous-maître fut ligoté à son propre bureau en qualité de spectateur, tandis que le lieutenant donnait au maître d'école une leçon mémorable.
Départ pour l'université
Après la cérémonie, Oncle Bowling régala toute la compagnie au cabaret. Il proposa de faire de l'huissier le maître d'école de leur navire s'il commandait jamais un vaisseau. Ils se séparèrent dans un torrent de larmes et séjournèrent dans une auberge située à dix milles de la ville universitaire. À leur arrivée le lendemain, le narrateur trouva un logement satisfaisant chez un apothicaire qui avait épousé une parente éloignée de sa mère. En quelques jours, Oncle Bowling partit rejoindre son navire après avoir constitué une rente pour l'entretien et l'éducation du narrateur.
CHAPITRE VI
CHAPITRE VI Résumé :** Le narrateur fait de grands progrès dans ses études et acquiert une certaine popularité en ville, attirant l'attention de ses riches cousines. Lorsqu'il repousse leurs avances, elles conspirent contre lui. La malchance de son oncle le laisse sans ressources, et il doit faire face à de nouvelles trahisons et représailles avant de défier le squire Gawky en duel.
Progrès dans les études et popularité croissante
Progrès dans les études et popularité croissante** Résumé : Le narrateur, conscient de sa situation précaire et de sa dépendance totale envers son oncle Bowling, s'applique avec diligence à ses études pendant trois ans. Il acquiert une maîtrise du grec, des mathématiques, de la philosophie morale et naturelle, et développe un talent pour la poésie qui reçoit un accueil favorable. Son apparence attrayante et ses accomplissements lui valent l'estime des habitants respectables de la ville et une faveur considérable auprès des dames, faveur qu'il maintient en tournant en dérision leurs rivales.
Les cousines cherchent à faire connaissance
**Des cousines cherchent à faire connaissance** **Résumé :** Les deux cousines du narrateur, qui le regardaient auparavant avec mépris, habitent désormais la même ville que leur mère depuis le décès de leur père. Leur héritage en a fait les partis les plus riches du quartier, bien qu'elles ne soient pas les plus belles. L'intérêt soudain qu'elles portent au narrateur, maintenant que son caractère a retenu l'attention, semble motivated par le désir de mettre ses talents poétiques au service de leur méchanceté, ou du moins de se protéger de ses attaques satiriques.
Rejet des avances des cousines
Rejeter les avances des cousins** Résumé : Le narrateur rejette l'offre de connaissance de ses cousins avec dédain et évite systématiquement de mentionner leurs noms dans sa poésie, qu'il compose une satire ou un panégyrique. Cette négligence mortifie excessivement leur orgueil et les irrite à tel point qu'ils résolvent de lui faire repentir de son indifférence.
Représailles et un amant furieux
Représailles et un amant furieux** Résumé : Les cousins engagent d'abord un pauvre étudiant pour écrire des vers attaquant la pauvreté du narrateur et la mort tragique de ses parents, mais le texte mal composé leur attire au contraire plus de déshonneur, puisque ce sont eux et leurs proches qui ont causé ses malheurs. Ce premier plan ayant échoué, ils irritent ensuite un jeune gentilhomme en lui faisant croire mensongèrement que le narrateur avait raillé sa maîtresse. Cet amant furieux décide alors de s'emparer du narrateur la nuit suivante pour le faire basculer dans la rivière, bien qu'on soit à la mi-décembre.
Déjouer l'embuscade du plongeon
Déjouer l'embuscade de la ducking** Résumé :** Le narrateur est prévenu à l'avance de l'embuscade et prend un chemin détourné pour rentrer chez lui. Avec l'aide de l'apprenti de son propriétaire, il décharge une volée de tirs depuis la fenêtre du grenier, infligeant des dommages considérables aux assaillants. L'incident devient, le lendemain, un sujet de moquerie à leurs dépens, les obligeant à quitter la ville jusqu'à ce que l'aventure soit oubliée.
Trahison d'un confident
Trahison par un confident Résumé : Bien que leurs menées aient échoué à deux reprises, les cousins s'adjoignent le compagnon et confident du narrateur pour le trahir. Celui-ci divulgue aux cousins les détails des petites intrigues galantes du narrateur, que les cousins publient avec de telles exagérations que le narrateur souffre beaucoup dans l'opinion de tous et se voit entièrement délaissé par les femmes dont les noms avaient été mis en cause.
Nouvelles mystérieuses de la maison
**Nouvelles mystérieuses du foyer** **Résumé :** Tandis qu'il enquête sur la source de cette trahison, le narrateur remarque l'attitude modifiée de sa logeuse. Elle lui annonce qu'elle a des lettres de M. Bowling — dont une qui lui est adressée — et exprime son affliction quant à ce qui est arrivé, suggérant que la conduite brutale de M. Bowling l'a probablement entraîné dans la malchance. Elle laisse entendre qu'il pourrait se trouver dans le pétrin, mais se dérobe à toute responsabilité personnelle, n'offrant qu'une vague sympathie tout en insinuant que le narrateur aurait dû apprendre un métier.
L'explication de l'oncle Bowling
**L'explication d'Oncle Bowling** Résumé : Le narrateur lit deux lettres : l'une, adressée par l'Oncle Bowling à l'apothicaire, explique qu'il a quitté le HMS Thunder après avoir été contraint de tuer le Capitaine Oakum en légitime défense sur la plage du Cap Tiberoon, en Hispaniola. Bowling se trouve désormais en sûreté parmi les Français et a envoyé un compte rendu à son logeur de Deal pour qu'il le soumette au roi. La seconde lettre est un billet personnel adressé au narrateur, où il lui recommande de veiller à ses études, explique que M. Potion continuera de prendre soin de lui par amitié, et lui promet un remboursement ultérieur.
Expulsion par l'apothicaire
Expulsion par l'apothicaire** Résumé :** Après avoir lu les lettres, l'apothicaire donne au narrateur congé de quitter les lieux dans la semaine, prétextant des temps difficiles, des frais impayés pour l'entretien du narrateur et la nécessité de disposer de l'appartement pour un nouvel apprenti arrivant de la campagne. Le narrateur, indigné de cette réponse mesquine à ses revers, règle sa dette jusqu'au dernier sou sur son argent de poche et déclare qu'il ne passera pas une nuit de plus sous le toit de l'apothicaire.
Fausse sympathie d'un prétendu ami
**Fausse sympathie d'un prétendu ami** **Résumé :** Le narrateur se met en route avec seulement trois shillings dans sa bourse, loue une petite chambre à un shilling et six pence par semaine payable d'avance, et le lendemain matin cherche assistance auprès d'une personne qui lui avait toujours témoigné de l'affection et offert son amitié. Cet homme l'accueille cordialement et insiste pour qu'il prenne le petit-déjeuner, mais lorsque le narrateur lui expose sa situation, il paraît décontenancé. En apprenant le départ digne du narrateur de chez l'apothicaire, ce prétendu ami défend inexplicablement l'apothicaire et exige que le narrateur n'y retourne jamais, ce à quoi le narrateur consent, se reprochant de ne pas avoir reconnu plus tôt son faux caractère.
L'indifférence du squire Gawky
**L'Indifférence de Squire Gawky** **Résumé :** Le narrateur rencontre Squire Gawky, dont le père l'avait envoyé en ville pour se perfectionner dans l'art de l'écriture, la danse, l'escrime et autres talents à la mode. Le narrateur informe Gawky de sa situation désespérée et lui demande un petit prêt. Gawky exhibe une poignée de demi-pennies accompagnée d'un ou deux shillings, prétendant que c'est là tout ce qu'il possède jusqu'au prochain terme, ayant perdu la majeure partie de son argent de poche au billard la nuit précédente. Il n'exprime ni compassion pour la mésaventure du narrateur, ni désir de lui venir en aide, laissant le narrateur profondément mortifié par cette indifférence.
Défier Gawky en duel
**Provoquer Gawky en duel** Résumé : Le narrateur découvre par la suite que c'est Gawky qui l'a trahi auprès de ses cousins et qui leur a également fait part de sa situation désespérée, leur offrant ainsi un grand triomphe. Résolu à lui demander des comptes, le narrateur emprunte une épée et rédige un cartel par lequel il somme Gawky de le retrouver à une heure et en un lieu déterminés pour répondre de sa perfidie de son sang. Gawky accepte le défi. En dépit d'une forte répugnance à combattre, qui se traduit par des sueurs froides tout au long du trajet, le désir de vengeance du narrateur, la honte de se dédire et l'espoir de la victoire lui permettent de se présenter sur le terrain avec bonne grâce.
La retraite lâche de Gawky
La Retraite Lâche de Gawky** Résumé : Le narrateur attend au lieu convenu pendant une heure au-delà de l'heure prévue, ravi d'apprendre que Gawky s'est enfui. Il se rend directement au logis de Gawky, où il découvre que celui-ci est parti pour la campagne moins d'une heure après avoir reçu le défi. Le narrateur s'arrange pour que ce récit de lâcheté soit publié dans les journaux, bien qu'il soit contraint de vendre son chapeau galonné d'or à moins de moitié prix pour couvrir les frais et subvenir à ses besoins.
CHAPITRE VII
Après avoir été réduit à la plus complète misère, le narrateur est convoqué dans une taverne où il rencontre M. Launcelot Crab, un chirurgien corpulent au teint rouge sombre qui nourrit une rancune tenace contre son rival Potion et dont les épouses se sont querellées pour la préséance lors d'un baptême. Crab embauche le narrateur sans le sou malgré la fierté de ce dernier, l'installe dans une mansarde et exploite ses connaissances en pharmacie et en chirurgie, tout en l'utilisant pour nuire à Potion et pour combler le vide laissé par son apprenti décédé. Le narrateur ne tarde pas à découvrir le tempérament contradictoire de Crab — qui réagit au moindre plaisir partagé avec fureur et à la soumission avec une rage encore plus grande — de sorte qu'il adopte une attitude hardie et inflexible qui finit par lui valoir le respect réticent de Crab et un modeste verre de punch. Lorsqu'une servante déclare être enceinte et implique le narrateur, celui-ci détourne le scandale sur Crab qui, craignant d'être compromis, ourdit un plan pour provoquer un avortement ; cependant, le refus de la servante force Crab à acheter son silence en organisant une indemnité de départ pécuniaire pour le narrateur. Estimé désormais indispensable en raison de sa compétence mais pressé de s'échapper, le narrateur accepte le conseil de Crab de « se lancer dans le monde », reçoit un modeste prêt, une lettre de recommandation pour un membre du Parlement, et part pour Londres avec une garde-robe sommaire, quelques ouvrages médicaux et dix guinées, portant la promesse d'un poste d'aide-chirurgien à bord d'un navire du roi prêt à partir pour la guerre imminente contre l'Espagne.
Abandonné dans le besoin
Après que les fumées du ressentiment se furent dissipées et que la vanité du succès se fut évanouie, le narrateur se retrouva totalement abandonné et confronté à une misère extrême. L'humanité l'évitait comme s'il appartenait à une espèce différente, hors du plan de protection de la Providence. Son désespoir l'avait laissé presque hébété lorsqu'il apprit qu'un gentleman souhaitait le voir dans une auberge.
Rencontre avec M. Crab
Le narrateur se rendit immédiatement à l'auberge où il fut présenté à M. Launcelot Crab, un chirurgien de la ville. Crab était en train de boire du « pop-in », un mélange de brandy et de petite bière, en compagnie de deux autres personnes. Avant d'expliquer la raison de cette convocation, le narrateur prend soin de décrire ce gentleman afin d'éclairer ce qui va suivre et de rendre compte de son comportement.
Une description du chirurgien
Monsieur Crab avait cinquante ans, mesurait environ cinq pieds de haut et arborait un ventre considérable. Son visage évoquait une pleine lune, et son teint rappelait celui d'une mûre ; quant à son nez, enflé jusqu'à atteindre des dimensions démesurées et couvert de furoncles, il ressemblait à une corne à poudre. Ses petits yeux gris renvoyaient la lumière d'une manière si oblique que, lorsqu'il fixait quelqu'un en face, on aurait juré qu'il contemplait la boucle de son soulier. Il nourrissait une rancune implacable contre son confrère chirurgien Potion, qui, bien que plus jeune, jouissait d'une meilleure situation et avait jadis accompli une guérison qui avait réduit à néant le pronostic de Crab. Leur rivalité avait été portée à un point de non-retour le jour où leurs épouses s'étaient querellées lors d'un baptême pour une question de préséance, passant des insultes aux coups.
Une offre d'emploi
Après avoir entendu le récit du narrateur concernant son départ du service de Potion, Crab manifesta sa malveillance envers son rival, le traitant de « chien sournois » et de « coquin hypocrite ». Les autres compagnons confirmèrent leur piètre opinion de Potion, dont on ne savait jamais qu'il fût ivre, sauf une seule fois, lors d'une réunion pieuse où il prononça une prière improvisée qui dura une heure entière. Crab offrit alors un emploi au narrateur, prétendant qu'on lui avait dit du bien de lui. Lorsque le narrateur s'enquit des conditions, Crab s'indigna à l'idée qu'on pût songer à l'entretenir comme un gentilhomme, mais le narrateur proposa de travailler dans la boutique de Crab afin de compenser le coût d'un compagnon ou d'un portefaix, car il possédait quelques connaissances en pharmacie et en chirurgie, acquises au temps où il était au service de Potion. Malgré les doutes qu'il exprima quant à l'instruction du narrateur, et bien qu'il déclarât n'attendre guère de bien de lui, Crab consentit à le recueillir « par charité ».
Les vrais motifs de Crab
Le narrateur découvrit bientôt les véritables motifs qui avaient poussé Crab à l'accueillir. Au-delà de la satisfaction de la vengeance contre Potion et de l'affectation de générosité, Crab avait besoin d'un jeune homme qui comprenait le métier pour remplacer son apprenti aîné, récemment mort dans des circonstances violentes laissant suspecter un meurtre imputable à la brutalité du maître. Ce savoir, combiné aux observations quotidiennes du traitement que Crab réservait à sa femme et au jeune apprenti, ne fit rien pour alléger la situation du narrateur.
Un caractère particulier
Le narrateur résolut d'étudier le tempérament de Crab avec toute l'application et l'adresse possibles. Il découvrit une étrange particularité qui gouvernait le comportement de Crab envers tous ses dépendants : lorsqu'il était satisfait, Crab se montrait si avare de sa satisfaction que le moindre signe de participation de la part de sa femme ou des domestiques l'offensait à un degré insupportable, déclenchant une fureur dont ils ressentaient invariablement les effets. Inversement, quand son indignation était éveillée, la soumission et les apaisements ne faisaient toujours que l'exaspérer au-delà de toute raison.
Tenir tête à Crab
Lorsque Crab insulta le narrateur en le traitant de « morveux ignorant » et de « vaurien paresseux », le narrateur répondit hardiment qu'il n'était ni ignorant ni paresseux, puisqu'il comprenait et exerçait son travail aussi bien que Crab aurait pu le faire, et qu'il descendait d'une meilleure famille que celle à laquelle aucun Crab n'aurait pu prétendre être allié. Crab parut stupéfait, brandissant sa canne au-dessus de la tête du narrateur d'un air diabolique. Le narrateur, convaincu d'être allé trop loin pour se rétracter et qu'il s'agissait là du moment critique qui déciderait de son sort à venir, s'empara d'un pilon et déclara qu'il se défendrait s'il était frappé sans motif. Crab garda le silence, puis déclara que le narrateur paierait pour cette audace et se retira, laissant le narrateur en proie à de terribles appréhensions.
Prendre l'ascendant
Ces appréhensions s'évanouirent lors de leur rencontre suivante, lorsque Crab se comporta avec une complaisance inhabituelle et offrit au narrateur un verre de punch. Par cette conduite, le narrateur acquit l'ascendant sur Crab en peu de temps et devint indispensable pour gérer ses affaires pendant que Crab s'adonnait à la bouteille. Le narrateur entretint de bons rapports avec l'épouse de Crab, cultivant son estime en ridiculisant Mme Potion et en lui rendant ses devoirs de chrétienne lorsqu'elle cherchait consolation auprès de la fioche contre son mari barbare.
Deux ans de service
Le narrateur vécut de cette manière pendant deux ans sans avoir de nouvelles de son oncle. Il fréquentait peu de monde, n'ayant ni l'humeur propre à en savourer la compagnie ni la capacité d'entretenir des relations. Maître Crab ne lui versait aucun salaire, et les modestes émoluments attachés à sa place procuraient à peine le nécessaire. Le narrateur n'était plus le fat pétulant et écervelé, exalté par les extravagances de l'espérance ; l'adversité lui avait appris combien les caresses du monde durant la prospérité ont peu de valeur. Son apparence devint austère et négligée, et il ne tenta rien pour obtenir satisfaction de Gawky, dont le ressentiment s'était considérablement apaisé.
La grossesse de la servante
Lorsque le narrateur se jugea suffisamment maître de son affaire et commença à chercher l'occasion de se lancer dans le monde, un petit incident survint : la servante de Crab révéla au narrateur qu'elle était enceinte et affirma qu'il était le père. Bien que le narrateur n'eût aucune raison de mettre en doute cette imputation, il était au courant des familiarités entre la servante et son maître, et il vit là l'occasion de reporter le fardeau sur quelqu'un d'autre.
Rejeter la faute
Le narrateur informa la servante qu'elle n'était pas enceinte mais atteinte d'un trouble propre aux jeunes femmes, qu'il pourrait facilement faire disparaître. Il prescrivit des médicaments qui, affirmait-il, provoqueraient un avortement. Cependant, la servante, ayant été avertie par le narrateur de son dessein et connaissant son propre état réel, refusa absolument ces instructions et menaça de rendre sa situation publique si Crab ne pourvoyait pas à l'occasion. Le narrateur devina le résultat de la délibération de Crab d'après le discours que ce dernier lui adressa par la suite.
Le dilemme de Crab
Face à la menace pesant sur sa réputation — car un scandale lié à la malpropreté était particulièrement préjudiciable dans sa partie de l'île et donnerait à son rival Potion un prétexte pour l'insulter et le déstabiliser — Crab se trouva face à un dilemme. Il ne pouvait pas simplement écarter l'affaire, car il savait que la grossesse fournirait des munitions contre lui. Ses options étaient limitées par la crainte de ce que son rival pourrait faire avec des informations aussi dommageables.
Départ pour Londres
Crab s'adressa un jour au narrateur, exprimant sa surprise qu'un jeune homme ne manifestât aucune inclination à pousser sa fortune dans le monde. Il suggéra que le narrateur pourrait s'embarquer sur un navire du roi en qualité d'aide-chirurgien, citant la prochaine guerre contre l'Espagne comme une occasion de se faire la main et de gagner des parts de prise. Le narrateur saisit cette opportunité depuis longtemps convoitée, mais expliqua qu'il manquait de fonds pour subvenir à ses besoins et pour le voyage jusqu'à Londres. Crab offrit de lui prêter de l'argent pour le voyage et pour son entretien à Londres jusqu'à ce qu'il pût obtenir un brevet pour un navire. Le narrateur accepta, sachant que le véritable motif de Crab était de mettre le bâtard à sa charge après son départ. Le narrateur se mit en route pour Londres avec un seul costume, une demi-douzaine de chemises à jabot et une demi-douzaine de chemises simples, deux paires de bas de laine peignée et de bas tricotés, un étui d'instruments de poche, une petite édition d'Horace et de la Chirurgie de Wiseman, ainsi que dix guinées en espèces — toute sa fortune. Crab prit sa reconnaissance de dette à cinq pour cent d'intérêt et lui remit une lettre adressée à un membre du Parlement.
CHAPITRE VIII
Le CHAPITRE VIII relate le voyage de Roderick Random de Newcastle à Londres en compagnie de son vieux camarade d'école Hugh Strap, marquant un compagnonnage significatif dans le récit picaresque. Le chapitre présente l'un des plus fidèles amis de Roderick tout en le soumettant à une rencontre angoissante avec le brigand de grand chemin Rifle dans une modeste taverne. L'épisode combine des moments de retrouvailles sincères, des malentendus comiques et un véritable suspense, tandis que Random affronte des dangers à la fois sur la route et dans son logis.
Arrivée à Newcastle
Roderick achève son voyage à Newcastle-upon-Tyne en septembre 1739, après avoir voyagé sur une selle de bât entre deux paniers portés par les transporteurs qui acheminent des marchandises à cheval. Ce mode de voyage fastidieux et inconfortable le laisse épuisé et engourdi par le froid. Décidé à ne pas poursuivre plus avant dans de si désagréables conditions, Roderick résout de continuer à pied le reste de son voyage jusqu'à Londres plutôt que d'endurer la difficulté de marcher trois cents milles à travers des routes profondément dégradées par l'hiver.
Rencontre avec Hugh Strap
Alors qu'il cherchait les services d'un barbier à Newcastle, Roderick rencontre Hugh Strap, son ancien condisciple écossais, qui le reconnaît malgré les années de séparation. Ces retrouvailles s'avèrent émotionnellement accablantes pour Strap, dont la joie à cette rencontre ébranle si fort ses nerfs qu'il coupe accidentellement Roderick à trois reprises en le rasant. Après s'être mutuellement raconté les nouvelles de leur situation respective, ils passent l'après-midi ensemble, approfondissant ainsi leur amitié ravivée.
La proposition de Strap
Strap propose une alternative au voyage par mer prévu par Roderick, le mettant en garde contre les périls d'une traversée hivernale le long de la côte et contre l'incertitude des vents qui risqueraient de le retarder indéfiniment. S'offrant à accompagner Roderick dans le voyage par voie de terre, Strap se propose de bonne grâce pour porter leurs bagages et suggère qu'ils pourront profiter, sur la route, de chevaux ou de voitures de retour pour une dépense minime. Touché par cette offre généreuse, Roderick accepte avec chaleur, bien que Strap affirme avoir mis de côté assez d'argent pour subvenir à ses propres besoins et compte sur un ami à Londres pour leur obtenir à tous deux un emploi.
Départ de Newcastle
Les deux compagnons se mirent en route à la pointe du jour, le 2 septembre 1739, chacun armé d'un solide gourdin et portant leurs provisions dans un seul havresac qu'ils partageaient. Par souci de sécurité, leur argent était cousu dans les doublures et les ceintures de leurs culottes ; seules quelques pièces d'argent menues étaient gardées à portée de main pour les frais immédiats de la route. Ils marchèrent d'un bon pas toute la journée, mais, ignorant les étapes régulières entre les villes, ils se retrouvèrent surpris par la nuit, loin de toute auberge respectable.
La taverne de la haie
Contraints par l'obscurité et la distance à chercher un abri, Roderick et Strap prennent logement dans une petite taverne située sur un chemin détourné, à environ un demi-mille de la grand-route. Là, ils rencontrent un colporteur écossais qui se joint à eux pour un copieux souper de lard et d'œufs, accompagné de bonne bière, devant un bon feu. L'aubergiste et sa plantureuse fille, Betty, les divertissent avec beaucoup d'entrain, et Roderick est assez vaniteux pour croire qu'il a fait quelques progrès dans la conquête de l'affection de la jeune femme. Les trois voyageurs se retirent pour la nuit dans une chambre meublée de deux lits, tandis que le colporteur fixe soigneusement la porte avec une vis de fer et fait ses prières avant de s'endormir.
Un trouble nocturne
À minuit, Roderick est brusquement tiré de son sommeil par les violentes secousses de son lit. Son compagnon Strap, trempé de sueur et tremblant de tous ses membres, a découvert qu'un dangereux bandit de grand chemin occupe la chambre voisine. Strap guide Roderick vers une petite fente dans la cloison de planches à travers laquelle ils peuvent observer un homme trapu et vigoureux, au visage féroce, assis à une table en compagnie de Betty, des pistolets posés devant lui. Cette découverte plonge les deux voyageurs dans un grand état d'alarme.
Rifle le bandit de grand chemin
Le brigand, dont le nom est Rifle, révèle au cours de sa conversation avec Betty qu'il vient de laisser échapper un butin considérable : quatre cents livres en espèces destinées à recruter des soldats pour le roi, ainsi que des bijoux, des montres, des épées et l'argent des passagers. Il exprime une indignation particulière envers un cocher nommé Smack qui l'a trahi. Rifle se vante de ses autres acquisitions de la journée — une paire de pistolets à monture d'argent, une montre en or, dix pièces portugaises prises dans les chaussures d'un quaker, et une tabatière en or contenant un portrait, dérobée dans un vêtement d'une dame. Lorsque les ronflements sonores du colporteur révèlent à Rifle leur présence, Betty se porte garante des voyageurs, bien que Rifle menace de les envoyer tous à leur perte avant d'être persuadé de se contenir.
La fuite du colporteur
Éveillé et informé du danger, le colporteur jette un coup d'œil par le trou de la cloison et devient si terrorisé qu'il tombe à genoux pour prier, promettant au Ciel de renoncer à ses pratiques malhonnêtes s'il est tiré de ce péril présent. Quand Rifle et Betty s'endorment et commencent à ronfler de concert, le colporteur détache en silence une corde de son ballot, ouvre la fenêtre avec une grande habileté, et fait descendre ses marchandises dans la cour en contrebas. Il fait ensuite ses adieux à Roderick et Strap, leur souhaitant de dormir en toute sécurité et de ne rien révéler au propriétaire, avant de sauter de la fenêtre au sol situé à peine un mètre plus bas.
Le matin suivant
Le lendemain matin, Betty découvre l'absence du colporteur et interroge les deux invités restants, qui feignent l'ignorance et l'étonnement tout en vérifiant leur argent et la besace, trouvant tout en sécurité. Rifle, informé de la fuite, s'habille à la hâte et monte à cheval, jurant de se venger du colporteur pour avoir lancé le tocsin contre lui. Pendant le petit-déjeuner, Betty tente d'obtenir des informations par des questions astucieuses, mais Roderick et Strap restent sur leurs gardes. Quand le bruit de sabots se fait entendre, le paranoïaque Strap craint le retour de Rifle, bien que Roderick les sauve de tout soupçon en expliquant leur timidité comme une sotte erreur.
CHAPITRE IX
Lors de leur voyage après avoir quitté une auberge, le narrateur et son domestique Strap sont rattrapés par le voleur de grand chemin monsieur Rifle, qui tire sur Strap et l'abat, bien qu'une troupe de cavaliers armés, arrivant à la poursuite du brigand, sauve le narrateur d'un sort identique ; à l'examen, il s'avère que Strap n'est qu'étourdi par la peur et non mortellement blessé. Ils se rendent dans une auberge voisine où Strap se repose au lit tandis que le narrateur observe des joueurs de cartes, parmi lesquels deux fermiers, un employé des douanes et un curé nommé Shuffle, qui trompe méthodiquement les fermiers pour les dépouiller de leur argent avant de divertir la compagnie en jouant du violon, et pendant le repas qui suit, le curé ressent une vive amertume face au train de vie confortable d'un riche vicaire qui passe à cheval, ce qui incite l'employé des douanes à révéler que le curé est un tristement célèbre tricheur de cartes et proxénète qui a obtenu sa charge grâce à sa connaissance des scandales aristocratiques.
Reprise du voyage après les adieux à l'hôtesse
Roderick Random et Strap prennent congé de leur hôtesse, qui étreint Roderick avec tendresse au moment des adieux. Les deux voyageurs poursuivent leur chemin, soulagés d'avoir échappé à leurs précédentes tribulations. Ils n'ont parcouru qu'environ cinq milles lorsqu'ils aperçoivent un cavalier s'approchant au grand galop.
Le brigand Rifle rattrape et attaque le duo
Le cavalier qui s'approche se révèle être Rifle, le bandit de grand chemin tristement célèbre qui les a déjà tourmentés. Il exige de savoir si Roderick le reconnaît, mais la terreur a rendu Roderick muet. Strap tombe à genoux dans la boue, implorant désespérément grâce tout en désignant Rifle par son nom. Le bandit de grand chemin déclare que Strap ne témoignera jamais contre lui, puis tire son pistolet sur Strap, qui s'effondre au sol. Roderick reste paralysé de peur tandis que Rifle braque un second pistolet sur lui.
Arrivée des cavaliers à la poursuite, fuite du brigand
Avant que Rifle ne puisse amorcer un autre tir, une troupe de cavaliers armés en livrée apparaît sur la route. Rifle s'enfuit à cheval, laissant Roderick debout, immobile. Les cavaliers, conduits par un capitaine dont Rifle avait volé les pistolets de poche la veille, s'arrêtent pour enquêter. Le capitaine découvre le corps de Strap étendu à terre et en déduit qu'un meurtre a été commis.
Strap secouru, conduit à l'auberge pour se rétablir
Lorsqu'un domestique retourne le corps de Strap pour examiner la blessure, il s'aperçoit que Strap est encore chaud et respire. Roderick pratique aussitôt une saignée à son compagnon, qui revient à lui avec une grande joie, n'ayant subi qu'une blessure causée par la frayeur plutôt que par le pistolet. Strap parvenant à peine à se tenir debout, ils se dirigent ensemble vers une auberge située à environ un demi-mille de là, où Strap se met au lit pour se remettre.
Le capitaine à cheval tombe, reçoit des soins médicaux
Le capitaine, qui avait poursuivi le voleur de grand chemin, arrive bientôt à l'auberge après que la sangle de son cheval se fut rompue pendant la poursuite, ce qui le fit tomber dans la boue. Il se plaint amèrement de ses contusions. Le domestique recommande Roderick, qui a des connaissances en médecine, pour saigner le capitaine. Roderick accomplit ce service et est récompensé d'une demi-couronne.
Partie de cartes à l'auberge avec des fermiers, un employé des accises et un curé
Pendant le temps qui précède le dîner, Roderick observe, à l'auberge, une partie de cartes à laquelle prennent part deux fermiers, un préposé aux accises et un jeune curé vêtu d'une robe et d'une soutane râpées. La partie est manifestement inégale : les deux fermiers, qui font équipe, perdent en un rien de temps tout leur argent au profit de ce que Roderick prend pour deux escrocs. Quand l'un des fermiers conteste la loyauté du jeu, l'ecclésiastique réplique en jurant et en protestant de son honneur.
Le curé Shuffle triche avec les fermiers, divertit avec son violon
Roderick est scandalisé par le comportement indécent du curé, notamment par ses jurons et ses chansons grivoises. Pour compenser d'avoir dépouillé les fermiers, le curé tire un violon caché dans la doublure de sa soutane et en joue mélodieusement tout en chantant. Sa bonne humeur répand une telle allégresse que les fermiers oublient leurs pertes, et tous les présents se mettent à danser dans la cour.
Le vicaire arrive, le curé se moque de sa conduite
Tout en dansant, le curé aperçoit un cavalier qui s'approche et annonce l'arrivée de « notre chien de médecin ». Il aide le vicaire, un homme au visage rubicond d'environ cinquante ans, à descendre de cheval en lui adressant des demandes cordiales sur sa santé. Le vicaire entre dans la cuisine avec une grande solennité, réclamant de la bière et une pipe tout en saluant à peine l'assemblée. Quand le curé l'invite à dîner, le vicaire refuse, expliquant qu'il doit dîner chez lui. Après le départ du vicaire, le curé le traite de vaurien et se plaint amèrement de faire tout le travail du vicaire pour seulement vingt livres par an, tandis que le vicaire jouit de deux bénéfices valant quatre cents livres par an.
Le groupe partage le dîner, le curé part
Quand le dîner est prêt, Roderick réveille Strap, et ils mangent ensemble avec la compagnie dans une grande gaieté. Après le repas, une fois l'addition réglée, le curé s'excuse et part à cheval, laissant les deux fermiers se débrouiller pour contenter l'aubergiste du mieux qu'ils peuvent.
L'employé des accises expose la tricherie et le passé du curé Shuffle
Le préposé aux accises, qui était resté silencieux jusqu'à présent, révèle que l'astuce de Shuffle consistant à partir sans payer est bien connue. Il explique que Shuffle a acquis quelques bribes de savoir en servant le jeune Lord Trifte à l'université, excelle dans l'art du proxénétisme, et a été renvoyé pour avoir mis au mont-de-piété les vêtements de son seigneur. Le préposé aux accises, qui avait été valet de chambre du Squire Tattle, a contribué à obtenir pour Shuffle son ordination et sa cure en échange de son silence sur la conduite du lord. Le préposé aux accises admet que Shuffle est un escroc diabolique qui manipule les cartes avec une adresse prodigieuse.
Commentaires de l'aubergiste sur la valse de l'employé des accises et du curé
Quand l'employé de l'accise part après avoir réglé sa propre note, l'aubergiste secoue la tête et fait observer que tout pécheur ne reçoit pas son dû. Il remarque que les débitants de boissons ne doivent pas déplaire aux gabelous et suggère que, si l'on pesait Parrot Shuffle et l'employé de l'accise ensemble, ajouter une paille à l'un des plateaux ferait pencher la balance. Il ajoute que cette conversation se tient « sous la rose », c'est-à-dire qu'elle doit rester confidentielle.
CHAPITRE X
Le chapitre X relate la capture et l'évasion du brigand Rifle, la détention subséquente de Roderick et Strap en tant que témoins, ainsi que la poursuite de leur voyage à travers diverses auberges où ils font face à un désordre nocturne et rencontrent un maître d'école de formation classique, dont l'hospitalité s'accompagne d'une note étonnamment salée.
Arrestation du brigand Rifle
Le brigand Rifle est rattrapé par deux serviteurs à cheval, sa monture inférieure l'ayant trahi. Après avoir déchargé ses pistolets dans une résistance vaine, il est fait prisonnier au milieu du triomphe des gens de la campagne. À l'auberge, le Rifle jadis terrifiant apparaît pitoyable et accablé, insufflant à Strap assez de courage pour le défier en combat pour une guinée — bien que Roderick le dissuade de cette entreprise insensée.
Détention comme preuve contre le brigand
Malgré leur désir de partir, Roderick et Strap sont retenus par leurs ravisseurs afin de servir de témoins contre le voleur de grand chemin emprisonné. N'ayant d'autre choix que de se soumettre, ils se joignent au cortège qui transporte Rifle vers un juge de paix. La fortune semble sourire à leur dessein tandis qu'ils cheminent vers le village du magistrat dans la lumière crépusculaire.
Évasion du brigand Rifle
À leur arrivée à la demeure du magistrat, ils découvrent que le juge est parti rendre visite à un gentilhomme à la campagne et ne reviendra pas avant le matin. Rifle est enfermé dans un grenier situé au troisième étage, d'où il semble impossible de s'échapper — pourtant, au lever du jour, l'oiseau a pris la fuite. Il est sorti par une fenêtre donnant sur le toit, a traversé les maisons attenantes pour pénétrer dans un autre grenier, a attendu que les occupants fussent endormis, puis est descendu et s'est laissé sortir par une porte de rue restée ouverte. Les espoirs de récompense de ses geôliers s'effondrent, mais Roderick se réjouit d'être libre et de pouvoir poursuivre son voyage.
Voyage vers une ville de marché et séjour à l'auberge
Résolus à rattraper le temps perdu, les voyageurs avancent avec ardeur et parcourent vingt milles avant la tombée de la nuit, atteignant sans incident une bourgade de marché. À l'auberge, Roderick, épuisé par la marche, ordonne à Strap de se renseigner sur les voitures en partance pour Londres. Ils apprennent qu'un chariot de Newcastle était passé deux nuits auparavant et qu'il pourrait vraisemblablement être rattrapé d'ici un jour ou deux. Après un copieux souper de mouton haché, ils se retirent dans une chambre qu'ils partagent avec un sergent recruteur.
Incident nocturne du sergent recruteur au logement
Entre deux et trois heures du matin, Roderick est réveillé en sursaut par un bruit épouvantable : le sergent, dans son sommeil, rugit des menaces de faire passer ses hallebardes à travers les entrailles et de faire sauter des cervelles. Strap, bondissant de son lit dans l'obscurité, heurte quelqu'un et s'écrie « Au feu ! Au meurtre ! », alarmant toute la maison. Quand on apporte de la lumière, on découvre le sergent, qui avait rêvé que ses recrues nouvellement enrôlées s'étaient mutinées, étendu sur le sol, tout éperdu. Le tumulte provoque un rassemblement des plus grotesques : la logeuse en chemise et culotte passée à l'envers, son mari enroulé dans son jupon, un tambour ceint d'un traversin autour de la taille, et d'autres enveloppés dans des couvertures et des draps. L'ordre finit par être rétabli, et la nuit se passe sans autre incident.
Voyage vers le village du maître d'école
Épuisés par leurs efforts supplémentaires, Roderick et Strap arrivent dans un petit village au crépuscule et cherchent un gîte. Envoyés à une modeste auberge, ils sont accueillis par un vénérable vieillard aux longs cheveux gris, assis près du feu dans une cuisine bien tenue. À leur grande surprise, il s'adresse à eux en latin : « Salvete, pueri. Ingredimini. » Roderick lui répond couramment en citant Horace, ce qui ravit leur hôte, qui lui serre la main en s'écriant : « Fili mi dilectissime ! ».
Logement à l'auberge du maître d'école
L'hôte se révèle être un maître d'école dont les revenus modestes l'obligent à conserver de bonne liqueur pour les voyageurs. Sa fille, une jeune fille aux joues roses, leur sert une bouteille de quadrimum—excellente bière de quatre ans brassée par le maître d'école lui-même. La conversation se déroule en latin, et le vieil homme partage sa philosophie de la vie en citant Horace : il est plus heureux en compagnie de sa bouteille et de son édition bien-aimée d'Horace. Sa femme repose au ciel, sa fille se marie la semaine prochaine, et il a deux principaux plaisirs dans la vie.
L'hospitalité classique du maître d'école
Le maître d'école régale ses convives de conseils et de récits de sa propre vie pendant que sa fille prépare une volaille pour le souper. Ils font bonne chère et boivent plusieurs bouteilles de son excellente ale, discutant de littérature et du monde. Leur hôte les assure qu'ils rattraperont la diligence de Londres avant midi le lendemain et qu'il y a suffisamment de place. Strap, admirant la bienveillance du vieil homme, s'attend à ce que leur logement et leur divertissement soient offerts gratuitement — bien que Roderick, plus averti, réserve son jugement jusqu'au matin.
Contestation de la note d'auberge avec le maître d'école
Le matin apporte un décompte décevant : huit shillings et sept pence. Strap proteste contre ce qui semble être une note exorbitante, mais le maître d'école se contente de consulter son ardoise et confirme le montant. La note détaillée comprend du pain, de la bière, une volaille aux saucisses, quatre bouteilles de quadrimum, le feu et le tabac, le gîte et le couvert. Quand Strap exige une réduction, la fille s'esquive et revient accompagnée de deux solides gaillards se faisant passer pour des clients matinaux, mais clairement destinés à intimider. Roderick s'acquitte de la somme entière, et Strap, sur le point de partir, cite Horace au maître d'école — « Semper avarus eget » (l'avare est toujours dans le besoin) — à quoi le pédant répond avec un sourire malveillant : « Animum rege, qui, nisi paret, imperat » (gouverne tes passions, car à moins qu'elles n'obéissent, ce sont elles qui commandent).
CHAPITRE XI
Le narrateur et son compagnon Strap, ayant subi des pertes financières, rejoignent trois autres passagers — Mademoiselle Jenny, une vieille usurière, ainsi que le capitaine Weazel et son épouse — dans une voiture. Le voyage est marqué par les doléances de Strap, les fanfaronnades du capitaine et une vive dispute concernant les places. Après le souper dans une auberge, une erreur survenue au milieu de la nuit entraîne Strap dans la chambre du capitaine, où une série de malentendus comiques impliquant un pot de chambre, une fausse accusation de viol et des affrontements violents entre les voyageurs finissent par céder la place à une réconciliation et au sommeil.
Les Lamentations de Strap
Strap reproche au narrateur d'avoir gaspillé de l'argent, en évoquant ses propres épreuves de garçon barbier et en se vantant qu'il aurait pu se battre contre les créanciers. Quand le narrateur propose d'assumer seul toutes les dépenses, Strap est offusqué, insistant sur le fait que, bien qu'il soit pauvre, il a l'âme d'un gentleman et sait dépenser comme tel.
Nous Apercevons le Chariot
Après avoir marché toute la journée à un bon pas, le narrateur et Strap aperçoivent le chariot à environ un quart de mille devant eux. Accablés de fatigue, ils négocient avec le conducteur, Joey, pour couvrir la distance restante moyennant un shilling.
La Voix Formidable du Capitaine
Tandis que Strap grimpe dans le chariot, une voix tonitruante tonne : « Fureur de Dieu ! qu'aucun passager ne vienne ici ! », glaçant à la fois Strap et le narrateur de terreur.
La retraite terrifiée de Strap
Terrifié par le rugissement, Strap descend du chariot à toute vitesse, le visage blanc comme du papier, et refuse de remonter malgré les encouragements moqueurs de Joey.
Une secousse de la voiture
Le narrateur entre dans la voiture sombre et prend une place vide sur la paille. Strap le suit avec les bagages, mais une secousse soudaine le projette directement sur le ventre du capitaine.
Le discours du wagon
À l'intérieur de la voiture, les passagers conversent dans l'obscurité. Le capitaine et son épouse déplorent de voyager dans un si humble équipage, tandis que Miss Jenny les taquine pour leurs affectations et flirte avec le vieil usurier, qui répond par un faible rire entrecoupé de toux.
Arrivée à l'auberge
En arrivant à l'auberge, les passagers descendent du wagon, offrant au narrateur sa première vue claire de ses compagnons de voyage.
Miss Jenny décrite
Miss Jenny est une fille vive et enjouée de vingt ans, portant un chapeau galonné d'argent au lieu d'une coiffe, une tenue d'amazone bleue ornée d'argent terni, et tenant un fouet.
Description du vieux usurier
Le vieux usurier est une silhouette boiteuse et décrépite, coiffée d'un bonnet de nuit en tissu worsted et d'un chapeau rabattu, aux yeux creux et chassieux, aux traits aigus et ridés qui se rejoignent comme un casse-noisettes quand il parle. Il s'appuie sur une canne à pommeau d'ivoire et porte plusieurs couches de vêtements en lambeaux et crasseux.
Description du capitaine Weazel
Le capitaine Weazel se révèle être un petit homme mince d'une quarantaine d'années, au visage flétri de babouin, avec une longue queue et des jambes démesurément longues. Vêtu d'un habit en peau d'ours, d'une culotte écarlate et de bas de laine peignée, il porte une épée presque aussi longue que lui-même et ressemble à une araignée ou à une sauterelle dressée sur ses pattes.
Une querelle à propos d'une chambre privée
Le capitaine Weazel exige une chambre particulière avec un feu pour lui et sa femme, mais l'aubergiste refuse. Mademoiselle Jenny s'oppose à ses prétentions, suggérant qu'il attende que les autres passagers finissent leur repas s'il tient à dîner seul.
Les réparties de Mademoiselle Jenny
Indignée par les manières hautaines du capitaine, Miss Jenny se lance dans une tirade, traitant Mrs. Weazel de « sneaker à dix livres » et de « coupleuse de qualité », et dénonçant le capitaine comme un « pitoyable racleur de tranchoirs, friseur-maquereau » qui a acheté sa commission de manière déshonorante.
Le souper ensemble
Après que le maître de la diligence a servi de médiateur dans la querelle, les passagers se réconcilient et s'attablent ensemble pour le souper.
L'erreur de minuit de Strap
À minuit, Strap se lève pour se soulager mais, dans l'obscurité, confond les portes et entre dans la chambre du capitaine Weazel, se glissant dans ce qu'il croit être son propre lit.
La riposte du capitaine
Le capitaine, venant de trouver un pot de chambre de remplacement et se trouvant lui-même dans l'obscurité, prend la tête rugueuse de Strap pour celle de Miss Jenny et, scandalisé par ce rendez-vous galant qu'il imagine, vide le récipient sur le barbier endormi.
La colère de Mme Weazel
Mme Weazel, furieuse d'avoir été trempée, frappe le capitaine à plusieurs reprises avec le talon de sa chaussure, le traitant de jaloux « homme de bois » et de « pauvre brindille flétrie et desséchée ».
Le cri d'alarme de Miss Jenny
Réveillée par le bruit, Miss Jenny crie « Au viol ! Au meurtre ! », accusant le vieil usurier d'avoir tenté de l'agresser dans son sommeil et appelant à l'aide.
La mauvaise passe de l'usurier
Les domestiques trouvent le vieil usurier étalé sur le lit de Mademoiselle Jenny, où elle le tient par les oreilles et prétend qu'il a tenté de la perdre. Il proteste de son innocence, la traite de diablesse et menace de se pendre avant qu'elle ne puisse lui extorquer de l'argent.
Une scène divertissante
Les serviteurs arrivent avec des lumières pour découvrir un tableau divertissant : le capitaine se tient grelottant dans sa chemise déchirée, sa femme sanglote sur le lit recouvert du couvre-lit, le vieil usurier se recroqueville avec ses membres maigres exposés, et Mademoiselle Jenny crie au viol en le tenant solidement.
Réconciliation
Le capitaine s'excuse auprès de sa femme, et ils se réconcilient. Madame Weazel est hébergée dans le lit de Mademoiselle Jenny, le capitaine dort avec le maître de roulage, et le narrateur se retire pour trouver Strap déjà parti, ayant fui, terrifié, pendant la confusion.
CHAPITRE XII
Le chapitre XII poursuit le récit picaresque avec le capitaine Weazel qui s'engage dans une série de confrontations et de mésaventures comiques lors de son voyage vers Londres dans un chariot. Le chapitre met au jour la lâcheté et la fanfaronnade du capitaine à travers de multiples épreuves, culminant dans une farce orchestrée par Joey et le narrateur qui laisse l'officier gonflé d'orgueil profondément humilié.