Ce chapitre constitue l’une des séquences les plus angoissantes du roman de Radcliffe, marquant l’aboutissement tragique des angoisses d’Émilie concernant le bien-être de sa tante et la précipitant dans un effondrement psychologique. Le voyage nocturne d’Émilie à travers les couloirs obscurs du château constitue une montée en puissance magistrale de la terreur atmosphérique. L’insistance de Barnardine pour qu’elle vienne seule – malgré l’offre d’un pot-de-vin en sequins faite par Annette – remplit Émilie d’une suspicion grandissante : il l’a peut-être trahie. Ses craintes se cristallisent en une hypothèse terrible : Montoni a assassiné sa femme et entend désormais se débarrasser d’Émilie également, en utilisant les mêmes passages secrets qui ont déjà été témoins de tant d’effusions de sang. Lorsqu’elle découvre le caveau contenant les restes de sa tante, l’horreur de la confirmation se mêle à la terreur que lui inspire sa propre situation pour submerger sa raison, et elle s’évanouit, laissant son sort entre les mains de ceux qui pourraient bien être ses ennemis.
À l’issue de son éprouvante épreuve, Emily St. Aubert se réveille sans aucun souvenir des événements de la nuit précédente, et découvre qu’Annette a été postée pour veiller sur elle. La fidèle servante raconte comment elle a découvert le passage secret de Barnardine, a suivi Emily jusqu’aux portes du château, puis a rallié Signor Cavigni et ses compagnons pour la sauver des hommes de main du comte Morano. Ce récit met en lumière le courage et la débrouillardise d’Annette, tout en dévoilant les dangereuses intrigues qui entourent sa maîtresse. Le récit fournit ensuite des éléments de contexte essentiels : bien que grièvement blessé, d’une blessure qui allait lui être fatale, lors de son duel avec Montoni, Morano a néanmoins survécu assez longtemps pour envoyer des assassins à la poursuite d’Emily, dans l’espoir d’éliminer l’obstacle à sa revendication sur ses domaines. L’intervention de Cavigni, motivée par la culpabilité liée à sa propre complicité dans les complots ourdis contre elle, arrive à point nommé pour éviter le drame, même si cette expérience laisse Emily physiquement brisée et psychologiquement traumatisée, son emprise sur la réalité étant temporairement relâchée par la terreur.
L’anxiété d’Emily s’accentue au fur et à mesure que Montoni repousse à plusieurs reprises leur rendez-vous, l’amenant à conclure qu’il est devenu le capitaine d’une bande de brigands opérant depuis la forteresse isolée et inaccessible du château. Radcliffe saisit cette occasion pour éclairer le phénomène historique des Condottieri : des soldats mercenaires italiens qui ont vu le jour lorsque les petits États n’avaient pas les fonds nécessaires pour entretenir des armées permanentes. Ces soldats licenciés formaient souvent des bandes de voleurs, occupaient des forteresses de montagne, ou s’attachaient à des chefs populaires qui les louaient à différents États. La carrière de Montoni suit exactement cette trajectoire : sa transformation de noble vénitien en hors-la-loi des Apennins est achevée lorsque ses entreprises criminelles à Venise l’obligent à se retirer à Udolpho avec ses gains mal acquis. Ce passage poursuit la scène domestique intime de la santé déclinante de madame Montoni, déplaçant le centre d’intérêt des soins physiques à l’état psychologique d’Emily. La scène établit le caractère moral d’Emily à travers son attention inébranlable aux besoins de sa tante, même si elle reconnaît que ses efforts ne peuvent pas modifier le cours tragique des événements déclenché par la passion fatale de madame Montoni pour Montoni.
Le chapitre IV des Mystères d’Udolpho fait avancer les fils narratifs centraux du roman à travers trois épisodes entrelacés : la manipulation cruelle par Montoni de sa femme mourante, la deuxième veille d’Émilie à la fenêtre à meneaux qui révèle la véritable nature de la flamme mystérieuse, et la mort de Madame Montoni lors d’un violent orage. Chaque séquence développe le mélange caractéristique de Radcliffe entre tragédie domestique, mystère gothique et atmosphère surnaturelle, tout en mettant en valeur la force morale d’Émilie. Le chapitre s’ouvre sur la dernière tentative de Montoni de contraindre sa femme à céder ses domaines : il se rend dans sa chambre en proférant menaces et malédictions alors même qu’elle est sur le point de mourir. Son inhumanité atteint son apogée lorsqu’il réalise qu’elle ne cédera pas, et il quitte la pièce en trombe, laissant Émilie seule avec la femme mourante. La flamme mystérieuse réapparaît à la fenêtre à meneaux, ses qualités surnaturelles étant désormais partiellement expliquées par des moyens naturels : un feu allumé par des bandits sur la montagne en contrebas, même si les craintes superstitieuses d’Émilie continuent d’influencer sa perception du phénomène. La mort survient lors d’un violent orage, des éclairs traversant les fenêtres et le tonnerre secouant les murs du château tandis que Madame Montoni expire, le visage figé dans une expression de terreur, comme si l’orage avait matérialisé la tempête intérieure de sa conscience coupable.
Après la mort de Madame Montoni, Émilie observe une veille solitaire auprès du corps de sa tante, pleurant une femme dont l’infatuation fatale pour Montoni a conduit les deux à leur perte. Son chagrin adoucit tous les souvenirs de la conduite injuste de sa tante, ne laissant qu’une tendre compassion pour cette parente qui a tant souffert. L’absence de Montoni à la fois dans la chambre et dans l’aile adjacente du château laisse supposer sa répulsion superstitieuse envers la mortalité, tandis que son incapacité à organiser des rites funéraires appropriés contraint Émilie à craindre un outrage supplémentaire à la mémoire de sa femme. L’inhumation a lieu à minuit, menée par des moines anonymes qui arrivent aux portes du château comme des ombres et repartent sans prononcer un mot, le visage dissimulé sous leurs capuchons. La promenade agitée d’Émilie dans les couloirs voûtés du château est interrompue par une rencontre perturbante avec l’un des officiers de Montoni. L’homme la suit dans la galerie obscure, l’embrasse de manière inattendue et l’incite à s’enfuir avec lui hors du château ; ses avances sont un mélange d’attirance sincère et de calcul opportuniste qu’Émilie repousse avec une fermeté pleine de dignité, même si l’incident la laisse bouleversée et consciente de sa position précaire au sein de la forteresse.
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