CHAPITRE V
St. Aubert, suffisamment rétabli par une nuit de repos, partit le matin avec sa famille et Valancourt pour le Roussillon. Les paysages à travers lesquels ils passaient alors étaient aussi sauvages et romantiques que tous ceux qu’ils avaient admirés jusqu’à présent, la beauté adoucissant le paysage pour n’y faire naître que des sourires ; de petits recoins boisés couverts d’une verdure éclatante et de fleurs apparaissaient au milieu des montagnes, ou une vallée pastorale ouvrait son sein herbu à l’ombre des falaises. St. Aubert ne pouvait regretter la route, bien qu’il fût souvent obligé de mettre pied à terre, et la merveilleuse sublimité et la variété des perspectives le dédommageaient amplement. Il prenait un grand plaisir à converser avec Valancourt et à écouter ses remarques ingénues, le feu et la simplicité de ses manières faisant de lui une figure caractéristique dans les décors qui les entouraient. St. Aubert s’attardait parfois pour examiner les plantes sauvages et regardait avec plaisir Emily et Valancourt flânant ensemble devant lui, tels deux amants qui n’avaient jamais dépassé leurs montagnes natales, dont les idées étaient simples et grandioses comme les paysages au milieu desquels ils évoluaient.
Vers midi, sur une portion de route escarpée et dangereuse, les voyageurs descendirent pour marcher, entrant dans l’ombre rafraîchissante d’un bois vêtu de pins, de hêtres et de châtaigniers, où une fraîcheur humide se diffusait dans l’air et où la fragrance mêlée des fleurs, de la mélisse, du thym et de la lavande enrichissait ce refuge. Ils perdirent cependant la route, s’égarant, attirés par le paysage, et Valancourt s’élança vers la cabane d’un berger pour demander de l’aide, n’y trouvant que deux petits enfants jouant sur le gazon. Pendant qu’ils se reposaient sur un banc rustique, les pensées de Saint-Aubert se tournèrent vers ses propres garçons perdus et leur mère regrettée, jusqu’à ce qu’Emily se mette à chanter un de ces airs simples et joyeux qu’il affectionnait, et il sourit à travers ses larmes. Valancourt s’approcha, peu désireux de l’interrompre, et s’arrêta à une courte distance pour écouter. Ils se préparaient à remonter dans la voiture lorsqu’une jeune femme rejoignit les enfants, les caressant et pleurant sur eux. C’était la femme du berger, dont le mari avait perdu ses modestes économies lorsqu’une bande de gitans avait emmené plusieurs moutons de son maître. Saint-Aubert et Emily donnèrent ce qu’ils purent, mais Valancourt s’attarda en arrière, et lorsque le berger lui-même apparut avec son air désolé et mélancolique, Valancourt jeta tout l’argent qu’il lui restait, à l’exception de quelques louis, et s’élança pour rejoindre ses compagnons, son cœur ne s’étant jamais senti aussi léger. Saint-Aubert, comprenant la nature de ces sentiments, lui dit que pour lui le soleil pourrait toujours briller aussi intensément, et puisse sa propre conduite lui apporter à jamais le rayonnement de la bienveillance et de la raison unies.
Du sommet ombragé où ils se trouvaient, les voyageurs contemplèrent l’image parfaite du gracieux et du sublime — de la beauté endormie dans le giron de l’horreur. De l’autre côté de la vallée, juste en face, un défilé rocheux s’ouvrait vers la Gascogne, les rochers de granit s’élevant abruptement et étendant leurs cimes stériles vers les nuages, avec une croix monumentale sur une falaise et une potence se dressant sur un piton rocheux près de l’entrée du défilé. Emily s’abstint de la signaler à Saint-Aubert, mais cette vue assombrit son humeur. Ils descendirent vers le Roussillon, les teintes gaies des cultures embellissant à nouveau le paysage, les bosquets d’orangers et de citronniers parfumant l’air, les basses terres revêtant les teintes les plus riches, et la lueur pourpre du soir se diffusant sur l’ensemble de la scène. Ils atteignirent la ville d’Arles, où ils comptaient se reposer pour la nuit, et bien que l’hébergement simple mais soigné eût promis une soirée heureuse, l’imminence de la séparation jeta une ombre sur leur humeur. Saint-Aubert, fort satisfait de son jeune compagnon, l’invita à l’accompagner plus loin, mais ne réitéra pas son invitation, et Valancourt eut la résolution de surmonter la tentation de l’accepter afin de prouver qu’il était digne de cette faveur. La soirée mélancolique s’écoula dans un silence pensif, et le lendemain matin devait être celui de leur séparation.
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