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Castles

The Mysteries of Udolpho

Radcliffe, Ann Ward · 2002 · 19 min

St. Aubert avait alors retrouvé ses sens, et en apprenant de Michael où sa fille était partie, l’inquiétude qu’elle lui inspirait avait eu raison de toute considération personnelle. Un vénérable paysan nommé La Voisin lui offrit l’hospitalité de sa chaumière, et St. Aubert l’accepta avec la même franchise avec laquelle elle lui était offerte. À l’intérieur de cette chaumière bien tenue, éclairée seulement par les rayons de lune entrant par la fenêtre ouverte, La Voisin parla de sa famille, de son unique fille vivante, Agnès, heureuse en mariage, et de l’épouse qu’il avait perdue, exprimant l’espoir que, lorsqu’il mourrait, il irait au ciel où elle l’avait précédé. Il demanda si Monsieur croyait qu’il était permis aux esprits désincarnés de revenir visiter la terre. St. Aubert, la voix tremblante, répondit qu’il l’espérait, et que c’était un espoir auquel il ne renoncerait jamais, car il adoucirait les moments amers de la mort. Des larmes tombèrent lentement sur ses joues, et un éclat de lune révéla la paix et la résignation qui s’insinuaient dans les rides de la douleur.

La conversation en vint à la musique que l’on entendait encore au-dehors, que La Voisin disait souvent entendre la nuit, lorsque tout reposait dans le silence, bien que personne ne sût qui en jouât ; elle était accompagnée d’une voix si douce et si triste qu’on eût presque cru les bois hantés. On l’entendait souvent, dit-il, depuis une dix-huitaine d’années, depuis une nuit d’été où il se promenait seul dans les bois, l’esprit abattu parce que son enfant était malade. St. Aubert demanda s’ils étaient près d’un couvent, et La Voisin lui apprit que le Couvent de St. Clair se dressait à peu de distance sur le rivage de la mer. “Le couvent de St. Clair !” répéta St. Aubert, frappé d’un souvenir soudain, et Emily vit les nuages du chagrin, mêlés à une légère expression d’horreur, s’amasser sur son front.

La conversation se porta ensuite sur une tour visible au-dessus des bois sombres, appartenant à un château, propriété du feu marquis de Villeroi. « Ah ! » dit Saint-Aubert, avec un profond soupir, « sommes-nous donc si près du Blanc ! » paraissant fort agité par la nouvelle que le marquis était mort environ cinq semaines auparavant. « Connaissiez-vous le marquis, monsieur ? » demanda La Voisin. « C’est très extraordinaire ! » dit Saint-Aubert, sans prêter attention à la question, et pressé par Emily, il ne répondit rien, mais sombra dans une rêverie. À la question de savoir qui avait hérité des domaines, il apprit que le nouveau seigneur résidait principalement à Paris et que le château était presque fermé, n’ayant pour seuls gardiens que la vieille gouvernante et son mari l’intendant. Emily fit observer que le château devait être bien désolé pour n’abriter que deux personnes, et La Voisin répondit qu’il n’y aurait pas passé une seule nuit pour la valeur de tout le domaine. En apprenant que Saint-Aubert se souvenait de la défunte marquise, La Voisin déclara que beaucoup d’autres que lui s’en souvenaient, une dame des plus belles et excellentes qui méritait un meilleur sort. Des larmes se formèrent dans les yeux de Saint-Aubert, et d’une voix presque étouffée par la violence de ses émotions, il pria son hôte de changer de sujet.

St. Aubert annonça que, s’il allait mieux le lendemain, il comptait se mettre en route de bonne heure, afin de pouvoir se reposer pendant les fortes chaleurs de la journée et de reprendre le voyage vers la maison, car dans l’état actuel de sa santé et de son moral, il ne pouvait envisager un voyage plus long avec plaisir. Emily se retira dans sa petite chambre, mais non pour s’y reposer aussitôt. La conversation concernant l’état des esprits défunts revint à son esprit, un sujet particulièrement touchant alors qu’elle avait toutes les raisons de croire que son cher père compterait bientôt parmi eux. Elle s’appuya pensivement sur la fenêtre ouverte et fixa les yeux sur le ciel, dont la voûte bleue et sans nuages était parsemée d’une multitude d’étoiles, mondes peut-être d’esprits délivrés de leur enveloppe mortelle. Tandis que ses yeux erraient dans l’éther infini, ses pensées s’élevaient vers la sublimité du Créateur et la contemplation de l’au-delà, exaltée et absorbée, tandis que ses yeux s’humectaient souvent de larmes d’une dévotion sublime. Elle s’attarda à la fenêtre, espérant et craignant à la fois que la musique mystérieuse ne revînt, son esprit se remémorant l’extrême émotion que son père avait manifestée à la mention de la mort du marquis de La Villeroi et du sort de la marquise, une émotion d’autant plus surprenante qu’elle ne se souvenait pas de l’avoir jamais entendu mentionner le nom de Villeroi. Cependant, aucune musique ne vint troubler le silence de la nuit, et Emily, constatant l’heure tardive, quitta la fenêtre pour aller se reposer.

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