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Castles

The Mysteries of Udolpho

Radcliffe, Ann Ward · 2002 · 19 min

CHAPITRE IX

Quelque temps après son retour à La Vallée, Emily reçoit de nouvelles lettres de Madame Cheron, qui, ayant été chargée de son « éducation », l’invite à Toulouse. Emily ne souhaite qu’une chose : rester dans les lieux de son bonheur d’enfance, mais elle est tout aussi anxieuse d’éviter le mécontentement de sa tante. Dans sa réponse, elle demande la permission de rester à La Vallée, évoquant l’extrême abattement de son âme et la nécessité de calme. Elle sait qu’un tel calme ne se trouve pas chez Madame Cheron, dont les inclinations la poussent vers une vie de dissipation encouragée par sa fortune considérable.

Elle reçoit la visite de Monsieur Barreaux, un sincère endeuillé de St. Aubert, qui déclare qu’il ne rencontrera jamais personne qui ressemble à son ami. Son admiration pour son père le rend cher à Emily, dont le cœur trouve presque son premier soulagement à évoquer ses parents avec un homme qu’elle révère tant. Plusieurs semaines s’écoulent dans une retraite paisible, et le chagrin d’Emily commence à se muer en mélancolie. Elle peut désormais supporter de lire les livres qu’elle avait lus avec son père, de s’asseoir dans son fauteuil de la bibliothèque, de regarder les fleurs que sa main avait plantées, de faire résonner les sons de l’instrument que ses doigts avaient pressés.

Percevant le danger de se laisser aller à l’indolence, elle s’applique scrupuleusement à occuper toutes ses heures, et comprend désormais toute la valeur de l’éducation qu’elle avait reçue de St. Aubert, qui lui a procuré un asile contre l’indolence sans avoir recours à la dissipation. St. Aubert avait nourri toutes les qualités aimables de son cœur, qui s’ouvre désormais à la bienveillance envers tous ceux qui l’entourent. Madame Cheron ne lui répond pas, et Emily commence à espérer qu’elle pourra rester encore un peu plus longtemps.

Parmi les lieux qui rappellent le plus puissamment les souvenirs du passé figure le pavillon de pêche. Pour céder à la mélancolie affectueuse que ce lieu évoque, Emily y emmène son luth, afin de pouvoir y entendre à nouveau les sons que ses parents prenaient tant de plaisir à écouter. Elle s’y rend seule à cette heure calme du soir si apaisante pour l’imagination et le chagrin. La dernière fois qu’elle est venue ici, elle était avec ses parents, seulement quelques jours avant la maladie mortelle de sa mère. Le petit sentier est envahi par l’herbe et les mauvaises herbes, les fleurs que son père avait semées le long de la bordure sont presque étouffées. Elle ouvre la porte tremblante et trouve tout comme elle l’avait laissé – « elle l’avait laissé avec ceux qui ne devaient jamais revenir ! »

Pendant qu’Émilie, accoudée à la fenêtre, est plongée dans ses pensées, un bruit de pas soudain l’effraie. Un inconnu apparaît et commence à s’excuser de son intrusion. Mais au son de sa voix, la peur d’Émilie s’efface devant une émotion plus forte : les intonations sont familières à son oreille, et bien qu’elle ne puisse d’abord distinguer ses traits, elle ressent un souvenir trop vif pour être trompeur. Il répète ses excuses et s’avance avec empressement : « Bon Dieu ! est-ce possible — sûrement je ne me trompe pas — mademoiselle St. Aubert ? — n’est-ce pas elle ? » C’est Valancourt, son visage illuminé par une animation plus vive qu’à l’accoutumée. Mille souvenirs douloureux affluent dans son esprit, et lorsqu’elle ne peut plus réprimer ses larmes, elle en perçoit la funeste vérité de la mort de St. Aubert.

Valancourt la conduit jusqu’à un siège et s’assied à ses côtés, tenant la main qu’il a saisie sans qu’elle s’en rende compte, jusqu’à ce qu’elle soit mouillée de larmes. « Je sens, dit-il, combien toute tentative de consolation doit être vaine sur ce sujet. Je ne peux que m’affliger avec vous. » Émilie raconte les circonstances de la mort de son père, et Valancourt s’écrie : « Pourquoi n’étais-je pas là ! » puis se reprend. Ils marchent en silence à travers les bois, Valancourt apprenant qu’elle a été laissée au milieu d’étrangers. Il parle de lui : il avait erré le long des rives de la Méditerranée après leur séparation, puis était revenu par le Languedoc en Gascogne, sa province natale. À la grille du château, il déclare son intention de retourner à Estuvière le lendemain, et demande s’il peut prendre congé d’elle le matin.

Elle passe une soirée mélancolique, l’image de la mort de son père toujours présente à son esprit. Elle se rappelle avec un serrement de cœur la manière solennelle dont il lui a demandé de détruire les manuscrits, et décide qu’un jour de plus ne s’écoulera pas sans qu’elle s’en soit acquittée, de peur d’être accusée de négligence.

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