Au cours de ses années d’exil à Paris, Richard Wagner subit une transformation profonde de sa vision artistique. L’héritage culturel allemand qui l’avait toujours attiré se cristallisa désormais en un matériau légendaire précis. La légende de Tannhäuser, familière dans la version de Ludwig Tieck dans Phantasus, le captiva non pas simplement comme une fantaisie, mais comme une authentique histoire allemande. Ce qui frappa particulièrement Wagner fut le lien entre Tannhäuser et le concours de la Wartbourg — deux récits qu’il avait auparavant rencontrés séparément fusionnaient désormais en un tout unique et puissant qui deviendrait le fondement de son prochain opéra.
Ce chapitre saisit une période décisive de la vie de Wagner, qui faisait la navette entre les villes pour assurer la production de son opéra *Rienzi* tout en faisant face à des difficultés financières, à l'indifférence professionnelle et à son ambivalence croissante envers la culture théâtrale allemande. Wagner arriva à Berlin durant cette période, à la recherche de Felix Mendelssohn, qui avait été à la fois une source d'inspiration et de frustration dans une égale mesure. Cette rencontre s'avérerait lourde de conséquences pour sa compréhension de sa propre voie artistique.
La préparation et la première de *Rienzi* à Dresde en 1842 marquèrent un moment charnière dans le début de la carrière de Wagner, révélant à la fois les talents extraordinaires des chanteurs qui défendaient son œuvre et les profondes angoisses qui accompagnèrent son premier grand succès lyrique. Le récit se concentre sur les relations complexes de Wagner avec les artistes qui allaient porter sa création sur scène, les stratagèmes élaborés qu'il employa pour obtenir un temps de répétition suffisant, et l'expérience surréaliste d'être témoin de sa propre musique triomphant devant un public pour la première fois.
La première de *Rienzi* s'était étirée de six heures jusqu'à passé minuit, et les parents de Wagner venus de Leipzig — Friedrich Brockhaus et sa famille — étaient arrivés en s'attendant à célébrer un triomphe autour d'un souper. Ils trouvèrent à la place la cuisine et la cave fermées, tout le monde épuisé, et uniquement des plaintes concernant la longueur insupportable de l'opéra. Ils se retirèrent furtivement, hébétés. À huit heures, le lendemain matin, Wagner apparut au bureau des commis, dévoré par un besoin désespéré de raccourcir son opéra.
Ce chapitre relate deux événements décisifs dans le développement artistique de Wagner : sa rencontre déterminante avec Franz Liszt et la première désastreuse du Vaisseau fantôme. Lors d’une excursion à Berlin en décembre avec la cantatrice Schröder-Devrient, Wagner chercha à discuter de son opéra avec le directeur Küstner, mais rencontra Liszt dans des circonstances d’un singulier embarras, orchestrées par le « caprice exaspérant » de Devrient.
L’acceptation par Richard Wagner de la direction musicale royale à Dresde en 1843 marqua un tournant dans sa carrière, qu’il aborda avec une profonde ambivalence. Ayant longtemps méprisé la vie théâtrale et les conditions dégradantes des théâtres de cour, il refusa initialement le poste de directeur musical vacant suite à la mort de Rastrelli, le considérant comme indigne de lui. Pourtant, la convergence de la nécessité pratique — assurer un revenu stable — et la perspective d’une direction musicale supérieure à la cour suite à la mort de Morlacchi éroda progressivement sa résistance.
La nomination de Richard Wagner à Dresde apporta non seulement des opportunités artistiques, mais aussi les fruits amers de la jalousie professionnelle. Sa demande sans précédent de diriger des représentations de ses propres œuvres — précisément la sixième représentation de Rienzi — produisit des résultats extraordinaires malgré son manque d’expérience formelle en direction d’orchestre. Sans une seule répétition, Wagner insuffla une vie nouvelle à la production, et la performance inspirée de l’orchestre imposa une reconnaissance unanime : il s’agissait de la plus belle interprétation de l’opéra entendue jusqu’alors.
Suite à sa nomination comme kapellmeister royal à Dresde, Wagner se retrouva à naviguer dans le paysage social et musical complexe des institutions musicales saxonnes. Il fut entraîné dans le projet ambitieux de Friedrich Wieprecht von Lowe d’unir les sociétés chorales masculines saxonnes pour un grand gala à Dresde, tout en soutenant simultanément la noble cause du rapatriement des restes de Carl Maria von Weber depuis Londres.
La partie 46 de Richard Wagner raconte la réception tumultueuse du Vaisseau fantôme à Berlin et retrace les débuts de ses ambitions éditoriales parallèlement à des difficultés financières croissantes. La première berlinoise du Vaisseau fantôme s’ouvrit avec une indifférence catastrophique, et l’œuvre dut mener un combat acharné pour être acceptée dans la capitale allemande, bien que Dresde se montrerait plus réceptive à sa puissance dramatique.
Suite à sa nomination comme chef d’orchestre à Dresde, Wagner se retrouva prudemment optimiste quant à l’avenir de ses œuvres lyriques en Allemagne, malgré les déceptions antérieures à Berlin et Hambourg. Son opéra Rienzi avait établi un public remarquable à Dresde, où il devint un incontournable pendant la saison estivale lorsque les visiteurs internationaux affluaient dans la ville. La popularité de l’œuvre auprès du public allemand comme étranger surprit Wagner lui-même, transformant les représentations en ce qu’il décrivait comme des festivités dionysiaques qui le soutinrent à travers des périodes plus sombres.
Ce chapitre relate vingt-quatre heures remarquables de la vie de Richard Wagner, commençant par un concert en plein air hasardeux à Pillnitz pour le roi Frédéric-Auguste de Saxe et culminant avec une réconciliation avec son supérieur aigri. Wagner avait organisé la représentation de manière indépendante, contournant le directeur de théâtre Lüttichau et collaborant directement avec le chambellan de la cour, Herr von Reizenstein. Lorsque Lüttichau l’affronta avec fureur à cause de cette insubordination, Wagner proposa de remettre l’ensemble du projet à son collègue Reissiger, un geste qui finit par préserver le concert et conduisit à une réconciliation surprenante.
Ce chapitre de mémoires offre un récit vivant des impressions de Richard Wagner lorsqu’il assistait à la production à Dresde de l’opéra La Vestale de Gaspare Spontini à la fin des années 1830. Le passage fournit un aperçu inestimable des pratiques de répétition d’opéra du début du XIXe siècle, des normes théâtrales exigeantes de Spontini, et des innovations orchestrales qui allaient influencer les œuvres ultérieures de Wagner. La partie la plus significative décrit les préparatifs élaborés requis pour le premier acte de l’œuvre.
Ce chapitre relate les interactions mémorablement étranges de Wagner avec deux figures influentes de l’époque : le célèbre compositeur français Gaspare Spontini et le compositeur d’opéra allemand Heinrich Marschner. Lors de la visite prolongée de Spontini à Dresde, il se donna pour mission auto-imposée de décourager Wagner de poursuivre une carrière de compositeur dramatique, déclarant qu’en entendant Rienzi de Wagner, il avait reconnu un tempérament dangereux qui ne mènerait qu’à la souffrance.
La partie 51 des mémoires de Richard Wagner chronique une période d’intrigues musicales, de réflexion personnelle et de cérémonie solennelle centrée sur l’établissement musical de Dresde. Le chapitre s’ouvre sur l’accueil tiède d’un opéra de Marschner, que Wagner compare à la mise au monde d’un enfant mort-né. Malgré cet échec, Marschner trouva consolation dans un quatuor de buveurs bissé, soulevant une réflexion sardonique sur le sentiment patriotique allemand.
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