Dans la cellule du Frère, le saint homme était en train de cueillir des herbes, et Roméo était avec lui. Que les cieux sourient sur cet acte saint, pria le Frère, afin que les heures à venir ne nous châtient pas de chagrin. Amen, amen, répondit Roméo, mais vienne quel chagrin que ce soit, il ne peut contrebalancer l’échange de joie qu’une seule courte minute lui donna en sa présence. Lie seulement nos mains de paroles saintes, alors que la mort dévorante d’amour fasse ce qu’elle ose ; il me suffisait de pouvoir l’appeler mienne. Le Frère, grave et sage, ne laissa pas le moment passer sans un avertissement. Ces plaisirs violents ont des fins violentes, dit-il, et dans leur triomphe meurent, comme le feu et la poudre, qui en s’embrassant se consument. Le miel le plus doux est dégoûtant dans sa propre délectation, et dans le goût confond l’appétit. Aimez donc modérément ; un long amour fait ainsi ; trop prompt arrive aussi tardif que trop lent.
Puis Juliette elle-même franchit la porte, si légère de pied, soupira le Frère, qu’elle n’userait jamais le silex éternel. Un amant pourrait enjamber les fils de la vierge qui flânent dans l’air fol de l’été, et pourtant ne pas tomber ; tant la vanité est légère. Ils se rejoignirent, et le saint homme les mena, avec leurs feuillages, là où la sainte église en incorporerait deux en un.
Partie 7
La scène s’ouvre dans la maison des Capulet, où Lord Capulet vient d’apprendre que sa fille refuse le mari qu’il a choisi pour elle. Lady Capulet le confirme froidement : « Elle n’en veut aucun, elle vous remercie. Je voudrais que la sotte fût mariée à sa tombe. » Capulet a peine à le croire. N’a-t-il pas travaillé nuit et jour pour assurer à son enfant unique « un gentilhomme de noble lignée, de belles terres, jeune et de noble alliance, pourvu, dit-on, de qualités honorables » ? Et voilà que cette « pauvre sotte pleurnicharde, une mauviette gémissante » le lui jette au visage ?
Juliette s’agenouille et implore qu’on lui accorde un seul mot de patience. Il ne lui sera pas accordé. La rage de Capulet éclate : elle est une « raisonneuse », une « petite favorite », une « charogne chlorotique », un « visage de suif », une « jeune coquine, misérable désobéissante ». Ses doigts le démangent de la frapper. Il lui rappelle tout ce qu’il a fait pour elle, la traite de malédiction, de « propre à rien ». Quand Lady Capulet s’interpose — « Fi, fi ! Comment, êtes-vous fou ? » — il se retourne aussi contre elle : « Par le pain de Dieu, cela me rend fou ! » Quand la Nourrice tente de défendre la jeune fille — « Dieu au ciel la bénisse. Vous avez tort, mon seigneur, de la gourmander ainsi » — elle est réduite au silence avec mépris : « Et pourquoi, Madame Sagesse ? Tenez-vous en paix, ma Prudence ; bavardez avec vos commères, allez. » Ses nouvelles protestations sont coupées par : « Paix, femme qui marmonne ! »
La menace finale de Capulet est brutale : épousez Paris jeudi, ou soyez chassée à jamais. « Paissez où vous voudrez, vous n’habiterez pas sous mon toit. Prenez-y garde, réfléchissez-y, je n’ai pas coutume de plaisanter. Jeudi approche ; mettez la main sur le cœur, réfléchissez. Et si vous êtes à moi, je vous donnerai à mon ami ; Et si vous ne l’êtes pas, pendez-vous, mendiez, mourez de faim, mourez dans les rues, Car par mon âme, je ne vous reconnaîtrai jamais. » Il sort en tempête.
Juliette se tourne vers le ciel : « N’y a-t-il aucune pitié assise dans les nuages, Qui voit le fond de ma douleur ? » Elle implore sa mère pour une seule semaine, un mois, un seul délai — ou, à défaut, « fais le lit nuptial Dans ce sombre monument où gît Tybalt ». La réponse de Lady Capulet est de glace : « Ne me parle pas, car je ne dirai pas un mot. Fais comme tu voudras, car j’en ai fini avec toi. » Elle aussi se retire.
Seule désormais, Juliette en appelle à la seule autre femme qui l’ait jamais maternée : « Ô Dieu ! Ô Nourrice, comment pourra-t-on empêcher cela ? Mon mari est sur terre, ma foi est au ciel. » Mais la Nourrice, qui l’a élevée depuis sa petite enfance, porte un coup plus douloureux encore que celui de son père. « Roméo est banni », dit-elle, « et le monde entier pour rien Il n’osera jamais revenir vous affronter. » Mieux vaut épouser Paris — « c’est un aimable seigneur. Roméo n’est qu’une lavette auprès de lui. Un aigle, madame, N’a pas l’œil si vif, si perçant, si beau Que celui de Paris. » Mieux vaudrait que Roméo fût mort, ou qu’il fût « aussi bon qu’il est, Puisque vivant ici et vous sans usage de lui. »
Juliette demande froidement : « Parles-tu du fond du cœur ? » — « Et du fond de l’âme aussi, Sinon malheur à toutes deux. » Juliette répond d’un seul mot, dévastateur : « Amen. » Elle dit à la Nourrice d’aller informer sa mère qu’elle s’est rendue à la cellule du frère Laurent pour faire sa confession. La Nourrice approuve — « Ma foi, j’y vais ; et c’est sagement fait. »
Une fois la Nourrice partie, Juliette laisse tomber le masque. « Damnation antique ! Ô très méchant démon ! » s’écrie-t-elle. « Est-ce plus grand péché de me vouloir ainsi parjure, Ou de décrier mon seigneur avec cette même langue Qui l’a loué au-delà de toute mesure Tant de mille fois ? » Elle tranche enfin le lien : « Va, conseillère. Toi et mon sein désormais seront séparés. » Si le frère n’a pas de remède, alors « moi-même j’ai le pouvoir de mourir. »
L’Acte IV s’ouvre dans la cellule du frère Laurent, où le comte Paris presse le saint homme. « Jeudi, monsieur ? Le délai est bien court », observe le frère. Paris explique que Capulet craint que sa fille ne se noie dans le chagrin et a donc pressé les choses. « Vénus ne sourit pas dans une maison de larmes. » Le frère, marmonnant qu’il voudrait savoir pourquoi il faudrait ralentir, voit Juliette approcher.
Paris l’accueille d’une gaieté hors de saison : « Heureuse rencontre, ma dame et mon épouse ! » Juliette pare chaque parole chaleureuse d’une froide. Ce qui doit être sera, dit-elle. Quand Paris tente de lui faire avouer qu’elle l’aime, elle retourne la chose : « Je vous avouerai que je l’aime. » Quand il insiste, elle répond : « Si je le fais, cela aura plus de prix, Dit derrière votre dos que devant votre visage. » Elle lui dit adieu d’un baiser qui ne signifie rien, et il se retire.
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