Roméo et Juliette cover
fiction

Roméo et Juliette

Des amants maudits se précipitent dans un mariage secret qui dérive vers la violence, l'exil et un double suicide tragique, forçant finalement leurs familles ennemies à se réconcilier dans le deuil.

Shakespeare, William · 1597 · 4 min

Pauvre Roméo, rit Mercutio, était déjà mort, poignardé par le regard noir d’une blanche donzelle, transpercé l’oreille par une chanson d’amour, le cœur proprement fendu par la flèche empennée du jeune archer aveugle. Était-ce un homme pour affronter Tybalt ? Benvolio demanda ce qu’était Tybalt, et Mercutio se lança dans une moquerie splendidement élaborée : plus que le Prince des chats, le courageux capitaine des compliments, qui se bat comme on chante une partition précise, en respectant le temps, la distance et la proportion, le propre bourreau d’un bouton de soie, un duelliste, un gentilhomme de la toute première maison. Le passant immortel, le punto reverso, le hay ! Benvolio, perdu, s’écria « Le quoi ? » Mercutio leva les bras au ciel devant ces nouveaux accordeurs d’accents, ces commerçants de mode, ces « pardonnez-moi » qui ne pouvaient s’asseoir à leur aise sur le vieux banc. Oh ! leurs os, leurs os !

Puis Roméo lui-même apparut, et Mercutio, le traitant de hareng séché sans sa rogue, se lança dans une parodie pétrarquiste, déclarant que Laura, comparée à sa dame, n’était qu’une fille de cuisine, Didon une guenippe, Cléopâtre une bohémienne, Hélène et Héro des coureuses et des catins. Signor Roméo, bonjour ! Voilà bien une salutation française pour sa friperie française. Roméo implora son pardon pour s’être esquivé la nuit précédente ; ses affaires avaient été importantes. Un cas comme le sien, dit Mercutio avec douceur, oblige un homme à plier les jarrets — c’est-à-dire à faire la révérence. Ils ferraillèrent verbalement pendant plusieurs passes encore, Roméo de bonne humeur, Mercutio ravi de sa propre verve, jusqu’à ce qu’enfin Mercutio déclarât que Roméo était de nouveau sociable, qu’il était Roméo, qu’il était ce qu’il était par art autant que par nature, car l’amour baveux est comme un grand benêt qui court en se dandinant pour cacher sa babiole dans un trou.

Mais l’œil de Roméo avait aperçu une autre silhouette qui s’approchait. Voilà beau gibier, murmura-t-il, une voile, une voile. Deux, deux, dit Mercutio, une chemise et un jupon. La Nourrice, suivie de son homme Pierre, arriva en s’affairant. Elle réclama son éventail, et Mercutio, irrépressible, suggéra à Pierre de s’en servir pour cacher son visage, car l’éventail est le plus beau des deux visages. Après un échange houleux où Mercutio la traita de maquerelle et chanta une chanson obscène sur un vieux lièvre chenu, lui et Benvolio allèrent dîner chez le père de Roméo, laissant Roméo à la Nourrice.

La vieille femme fut d’abord consumée de colère contre l’insolent marchand, mais elle était venue pour affaires. Sa jeune maîtresse, dit-elle, l’avait envoyée se renseigner sur Roméo, et elle devait d’abord l’avertir : s’il devait l’entraîner dans un paradis de sots, ce serait une conduite bien grossière ; la demoiselle était jeune. Roméo la coupa court : Nourrice, salue de ma part ta dame et maîtresse. Je te proteste—. La Nourrice, ravie de son malentendu, dit qu’elle dirait à sa maîtresse qu’il protestait, ce qui était une offre de galant homme. Roméo dut être plus explicite : dis-lui de trouver quelque moyen de venir se confesser cet après-midi, et là, dans la cellule du frère Laurent, elle serait confessée et mariée. Il glissa une pièce de monnaie dans sa main. Non vraiment, monsieur, dit-elle, pas un sou. Allons, je dis que tu l’acceptes, répondit Roméo.

Mais la Nourrice s’attarda. Derrière le mur de l’abbaye, dit-il, dans l’heure son homme serait auprès d’elle, avec des cordes disposées en échelle de cordier, qui jusqu’au faîte de sa joie lui serviraient de guide dans la nuit secrète. Son homme était-il discret ? demanda-t-elle. Deux peuvent garder un secret, dit-elle, en écartant l’un. Roméo se porta garant de son homme, affirmant qu’il était fidèle comme l’acier. Alors la Nourrice, avec l’inconséquence vagabonde de sa sorte, ne put résister à bavarder au sujet du noble Paris qui voudrait bien mettre le grappin dessus, mais sa douce dame aimerait autant voir un crapaud que le voir. Romarin et Roméo ne commençaient-ils pas tous deux par la même lettre ? se demanda-t-elle, un gentilhomme et un moqueur, et le chien dont le nom était R. Enfin elle prit congé, et Roméo s’esquiva.

Trois longues heures s’écoulèrent avec peine pour Juliette dans le jardin de sa mère, pendant qu’elle attendait le retour de la Nourrice. Neuf heures avaient sonné quand elle l’avait envoyée, avec la promesse de revenir dans une demi-heure, et maintenant midi était haut sur la colline. Les hérauts de l’amour devraient être les pensées, dix fois plus rapides que le soleil, et les colombes aux ailes agiles tiraient l’amour à cause de cela. Mais les vieilles gens, se plaignit-elle, faisaient comme s’ils étaient morts, pesants, lents, lourds et pâles comme le plomb.

Enfin la Nourrice apparut, et Pierre fut envoyé attendre à la porte. Pourquoi as-tu l’air si triste ? supplia Juliette. Bien que la nouvelle soit triste, dis-la gaiement. La Nourrice, qui s’était frayé un chemin à travers la ville en grimpant et en soufflant, refusa d’être pressée. Ses os la faisaient souffrir. Elle était hors d’haleine. Juliette, mi-agonie, mi-fureur, souligna l’absurdité : comment peux-tu être hors d’haleine quand tu as le souffle de dire que tu es hors d’haleine ? L’excuse était plus longue que l’histoire qu’elle excusait. Dis soit le bien soit le mal, et je passerai sur les circonstances. Laisse-moi satisfaite.

Enfin la Nourrice se libéra de son fardeau. Eh bien, vous avez fait un choix bien simple, dit-elle, vous ne savez pas choisir un homme. Roméo était beau, sa jambe surpassait celle de tous les hommes, sa main et son pied étaient sans pareils, il n’était pas la fleur de la courtoisie mais aussi doux qu’un agneau. Quoi, avait-elle dîné chez elle ? Juliette cria non, non, mais tout cela je le savais déjà. Que dit-il de notre mariage ? Et qu’en est-il ? La Nourrice gémit que sa tête lui faisait mal et son dos lui faisait mal, et maudit le cœur de Juliette de l’avoir envoyée attraper la mort. Juliette était désolée qu’elle ne se sentît pas bien, mais de grâce, douce, douce, douce Nourrice, que dit mon amour ? Votre amour parle comme un honnête gentilhomme, concéda la Nourrice, et courtois, et gentil, et beau, et je garantis vertueux—Où est votre mère ?

Est-ce là le cataplasme pour mes os douloureux ? gronda la Nourrice. Dorénavant faites vous-même vos messages. Mais enfin, quand Juliette était presque au comble de l’inquiétude, le message arriva clairement : avez-vous obtenu la permission d’aller à confesse aujourd’hui ? Alors hâtez-vous vers la cellule du Frère Laurence ; là attend un époux pour faire de vous une femme. Et elle, la servante, devait aller chercher une échelle par laquelle Roméo grimperait bientôt à un nid d’oiseau quand il ferait sombre. Juliette s’élança vers la cellule, le cœur plein de bonheur, honnête Nourrice, adieu.

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