Roméo et Juliette cover
fiction

Roméo et Juliette

Des amants maudits se précipitent dans un mariage secret qui dérive vers la violence, l'exil et un double suicide tragique, forçant finalement leurs familles ennemies à se réconcilier dans le deuil.

Shakespeare, William · 1597 · 4 min

Benvolio soupire que l’amour, si doux en apparence, soit si tyrannique et rude à l’épreuve. Roméo éclate en un torrent d’oxymores : « Ô amour querelleur ! Ô haine aimante ! Ô toute chose, de rien d’abord créée ! Ô lourde légèreté ! vanité sérieuse ! Plume de plomb, claire fumée, froid feu, santé maladive ! » Cet amour, il le ressent, et pourtant n’y sent aucun amour. Il décrit l’amour comme une fumée faite de la vapeur des soupirs, purifiée en un feu étincelant, irritée jusqu’à devenir une mer nourrie des larmes des amants — une folie des plus discrètes, une amertume qui étouffe, une douceur qui préserve.

Pressé de questions, Roméo admet qu’il aime une femme. Elle est belle, devine Benvolio ? Une cible si belle est bien vite atteinte. Mais Roméo réplique qu’elle ne sera pas frappée par la flèche de Cupidon ; elle a l’esprit de Diane, est fortement armée de chasteté, et ne supportera pas le siège des paroles d’amour ni n’ouvrira son giron à l’or corrupteur. Elle est riche de beauté, seulement pauvre en ceci que, lorsqu’elle mourra, sa beauté emportera son trésor avec elle. Elle a fait væu de ne point aimer, et dans ce væu Roméo vit mort. Benvolio lui conseille d’examiner d’autres beautés, mais Roméo répond que toute nouvelle maîtresse ne servira que de note où il pourra lire celle qui passa, cette beauté sans pareille. On ne peut lui enseigner l’oubli ; Benvolio, acceptant sa dette, paiera cette doctrine ou mourra redevable.

La scène se déplace dans une rue où Capulet marche avec le comte Paris et un serviteur. Paris, jeune gentilhomme et parent du Prince, presse sa demande pour la main de Juliette. Capulet, quoique honorable et de bonne réputation, hésite : Juliette n’a pas encore quatorze ans, elle est étrangère au monde. Que deux étés encore se flétrissent avant qu’on ne la juge mûre. Paris répond que de plus jeunes qu’elle sont devenues d’heureuses mères ; Capulet réplique que celles faites si tôt sont trop tôt gâtées. La terre a englouti toutes ses espérances sauf elle ; elle est l’espoir de sa terre. Mais si Paris peut gagner son cœur, son consentement suivra. Capulet invite alors Paris à un festin accoutumé ce soir même, où nombre de belles dames seront rassemblées. Il remet au serviteur un papier où sont inscrits les invités et lui ordonne de parcourir Vérone pour remettre les invitations.

Le serviteur, illettré, se lamente que le cordonnier devrait se mêler de son aune et le tailleur de sa forme — mais il lui faut trouver ceux dont les noms sont écrits. Benvolio et Roméo apparaissent, et le serviteur implore Roméo, qui sait lire, de l’aider. Roméo lit la liste, qui comprend la belle Rosaline, la dame qu’il aime. Benvolio saisit sa chance : lors de ce festin même de Capulet, Rosaline soupèrera, avec toutes les beautés admirées de Vérone. Va là-bas, l’exhorte-t-il, d’un œil impartial, compare son visage aux autres, et il fera que Roméo prenne son cygne pour un corbeau. Roméo raille que le soleil qui voit tout n’a jamais vu sa pareille, mais il consent à y aller, n’ayant l’intention de se réjouir que dans sa splendeur.

Ainsi s’achève la première partie : les rues de Vérone ont ruisselé de sang menacé, le Prince a averti les deux maisons, Roméo broie du noir au sujet de Rosaline, et une invitation au festin des Capulet est tombée entre ses mains — ce festin même où il contemplera un autre visage et où sa tragédie commencera véritablement.

Partie 4

Le matin trouva Roméo dans la cellule du Frère, sa confession se déversant en énigmes avant qu’on pût l’arrêter. Il avait festoyé avec son ennemi, dit-il, et soudain l’un avait blessé celui qui l’avait blessé à son tour. Les deux remèdes gisaient dans l’aide du saint homme. Puis, lorsqu’on le pressa de parler clairement, Roméo abandonna tout faux-semblant : le cher amour de son cœur était fixé sur la belle fille du riche Capulet, le sien sur lui, et tout était uni sauf ce que le saint mariage devait unir. Il demanda au Frère de les unir ce jour même.

Le Frère Laurent resta bouche bée comme s’il avait été frappé. Saint François, quel changement était-ce là ! Rosaline, que Roméo avait aimée si chèrement, était-elle donc déjà abandonnée ? L’amour des jeunes gens, marmonna le Frère, ne résidait pas vraiment dans leurs cœurs mais dans leurs yeux. Il se souvenait trop bien de l’eau salée que Roméo avait versée, des soupirs et des gémissements qui avaient résonné à ses vieilles oreilles, de la tache de sel d’une vieille larme pas encore lavée de sa joue. Si ces tourments avaient été vraiment ceux de Roméo, alors le jeune homme et ses tourments avaient tous été pour Rosaline, et maintenant il était changé. Les femmes pouvaient bien tomber, conclut le Frère avec amertume, quand il n’y avait point de force chez les hommes.

Roméo supporta la remontrance avec patience, rappelant au Frère que lui-même lui avait autrefois commandé d’enterrer l’amour — bien que pas dans une tombe, répliqua le Frère, où l’on dépose une femme et où l’on en retire une autre. Le jeune amoureux insista : celle que j’aime maintenant prête grâce pour grâce et amour pour amour ; l’autre ne le faisait pas. À la fin, la résistance du Frère céda, non par romantisme mais par raison. Cette alliance, dit-il, pourrait s’avérer si heureuse qu’elle tournerait la rancune des familles en pur amour. Roméo était déjà sur pied, déclarant qu’il se trouvait soudainement pressé. Avec sagesse et lenteur, avertit le Frère, ils trébuchent, ceux qui courent vite.

Dans la rue ensoleillée, pendant ce temps, Mercutio et Benvolio se demandaient à voix haute ce qu’était devenu leur ami. Il n’était pas rentré chez son père ; Benvolio avait parlé avec son homme. Mercutio était en pleine forme, déclarant que la pâle et cruelle Rosaline tourmentait Roméo jusqu’à la folie. Il bavardait encore quand Benvolio mentionna que Tybalt, le parent du vieux Capulet, avait envoyé une lettre à la maison du père de Roméo. Un défi, s’écria Mercutio, sur ma vie. N’importe quel homme sachant écrire peut répondre à une lettre, répondit Benvolio, mais Roméo, lui, répondrait au maître de la lettre, comment il ose, étant défié.

The original text of this work is in the public domain. This page focuses on a guided summary article, reading notes, selected quotes, and visual learning materials for educational purposes.

Project Gutenberg