Frankenstein ; ou le Prométhée moderne cover
Frankenstein's monster (Fictitious character) -- Fiction

Frankenstein ; ou le Prométhée moderne

Victor Frankenstein crée un monstre grotesque à l'université d'Ingolstadt, et après que la créature est rejetée par l'humanité et se voit refuser une compagne, il entame une campagne de meurtres contre l'ensemble de la famille de son créateur, aboutissant à une poursuite à travers les continents jusqu'en Arctique où le créateur et la créature trouvent tous deux une fin tragique.

Shelley, Mary Wollstonecraft · 1993 · 17 min

Le procès de la domestique Justine Moritz, faussement accusée d’avoir assassiné le jeune William Frankenstein, devient un spectacle dévastateur d’injustice. Victor Frankenstein assiste aux débats rongé par la culpabilité, sachant avec une certitude absolue que la créature qu’il a créée est la véritable meurtrière, mais incapable de révéler cette vérité sans se faire passer pour fou. Ce chapitre oblige les lecteurs à affronter le coût humain catastrophique de la création secrète de Victor. Justine apparaît calme et digne lors du procès, sa beauté sublimée par la gravité de ses réflexions. Elle maintient son innocence, expliquant que William avait demandé à voir le portrait en miniature et qu’elle l’avait renvoyé en colère — sans savoir qu’il l’avait emporté avec lui dans la forêt où son corps serait retrouvé plus tard. L’échec de Victor à témoigner le hante alors que Justine est condamnée à tort à mort. Son exécution suit, et Victor, qui aurait pu la sauver par une simple confession, sombre au contraire dans la folie — sa conscience coupable finissant par l’emporter sur sa raison.

Les chapitres qui suivent l’exécution de Justine marquent une aggravation de la tourmente psychologique de Victor Frankenstein et une confrontation décisive entre le créateur et sa création. Au travers de sa longue méditation sur la culpabilité, le pouvoir rédempteur mais insuffisant du sublime et de l’éthique de la création, Shelley approfondit sa méditation sur la responsabilité, la justice et les conséquences de se prendre pour Dieu. Après la mort de Justine, Victor sombre dans un état de dévastation psychologique qui frise la folie. Son père et Elizabeth tentent de remonter son moral en l’éloignant de Genève, et ils entreprennent un voyage à travers les paysages européens qui s’avère à la fois réparateur et déstabilisant. La rencontre de Victor avec le sublime dans la nature – la grandeur écrasante des montagnes, des glaciers et des tempêtes – lui offre des moments de transcendance mais échoue finalement à guérir son âme blessée. C’est sur le glacier près de Montanvert que Victor affronte enfin sa création face à face, engageant un dialogue crucial qui révèle les propres souffrances de la créature et son intelligence éloquente. La créature plaide sa cause avec une éloquence dévastatrice, retraçant son rejet par toute l’humanité et exigeant que Victor lui crée une compagne – une créature femelle qui pourrait partager son isolement. La crise morale de Victor s’intensifie alors qu’il doit choisir entre céder aux demandes du monstre et affronter la destruction supplémentaire des êtres qui lui sont chers.

Les chapitres 11 et 12 retracent l’un des arcs les plus poignants de Frankenstein : l’éveil à la conscience de la Créature et sa découverte progressive et douloureuse de la société humaine. Ce qui commence comme une pure confusion sensorielle se cristallise progressivement en une observation sophistiquée et un profond désir émotionnel, le tout assombri par la reconnaissance tragique de sa propre monstruosité. Les premiers souvenirs de la Créature sont marqués par un chaos sensoriel écrasant : une étrange multiplicité de sensations, ce chaos indifférencié de couleurs et de sons se résout en un paysage de montagnes enneigées, d’un soleil éclatant et d’eaux tumultueuses. Il découvre le froid, la faim et la solitude comme ses compagnons constants, n’étant abrité que par l’abri sommaire qu’il construit contre le mur d’une chaumière. Depuis son poste d’observation caché, il commence à étudier la famille De Lacey — observant leurs rythmes quotidiens de travail, d’amour et de plaisirs simples. Il est témoin de la tendresse entre le père aveugle et ses enfants, du dévouement de Félix envers la mystérieuse Safie, et de la coopération harmonieuse qui définit la communauté humaine. Son éducation commence par les sons du langage, qu’il associe avec beaucoup d’efforts aux expressions émotionnelles jusqu’à ce qu’il maîtrise progressivement les mots et puisse comprendre les récits lus à haute voix à partir des volumes trouvés dans la forêt.

Alors que le printemps transforme le paysage jadis désolé en une beauté florissante, une mystérieuse femme arabe arrive au cottage, à cheval avec un guide. Elle appelle Felix par son nom, et son attitude passe instantanément de la tristesse mélancolique à la joie extatique — tout vestige de chagrin disparaît. Lorsqu’elle relève son voile noir, la créature contemple un visage d’une beauté angélique, aux cheveux noirs de corbeau, aux doux yeux sombres et au teint étonnamment clair, chaque joue teintée d’un joli rose. Elle est Safie, sa « sœur » en quelque sorte, une femme dont la libération de la servitude turque a été acquise au prix des souffrances de la famille De Lacey. L’éducation de la créature se poursuit alors qu’il apprend les structures sociales humaines, observant comment l’intégration de Safie dans la famille transforme leur vie et leur fait découvrir de nouvelles langues et de nouveaux points de vue. Pourtant, ce savoir ne fait qu’approfondir son aliénation, car la créature se rend compte qu’il ne sera jamais le bienvenu dans un tel foyer. Il compare sa propre situation à celle de la famille De Lacey et constate qu’il est totalement exclu en raison de son apparence monstrueuse. Le développement intellectuel de la créature s’accélère alors qu’il découvre de nouveaux ouvrages et approfondit sa compréhension de l’histoire, de la philosophie et de la religion humaines, tout en reconnaissant que son existence même le place définitivement hors de portée de tout lien humain.

Le chapitre 15 marque un tournant décisif dans Frankenstein alors que la créature raconte son développement intellectuel et émotionnel à travers la littérature, qui culmine avec l’échec dévastateur de sa première tentative de lien humain. Ce chapitre approfondit l’exploration du roman sur la création, le savoir et le besoin humain fondamental d’acceptation. Au cours d’une expédition de collecte de routine en août, la créature découvre une valise en cuir contenant trois ouvrages transformateurs : Paradis perdu, un volume des Vies de Plutarque et Les Souffrances du jeune Werther. À travers ces textes, la créature acquiert à la fois un cadre intellectuel et un vocabulaire émotionnel pour comprendre sa propre condition. Le Paradis perdu de Milton s’avère particulièrement dévastateur, car il se reconnaît dans le récit comme un ange déchu : créé par erreur mais capable de raison, chassé par son créateur, et aspirant à un lien que sa nature interdit. Ces ouvrages façonnent sa conscience et lui fournissent des catégories pour comprendre sa souffrance, mais ils approfondissent également son désespoir lorsqu’il contemple un cosmos conçu sans place pour lui. Sa tentative d’approcher la famille De Lacey en tant qu’égal, cherchant l’acceptation par un argument raisonné et la révélation de sa nature douce, se termine par une catastrophe lorsque Felix le frappe et que la famille s’enfuit terrifiée. Ce moment brise tout espoir de réconciliation restant et transforme l’amour de la créature en haine brûlante.

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