Le chapitre 16 marque un tournant dévastateur dans Frankenstein, retraçant la transformation irréversible de la Créature, passant d’un être capable de désir et de réflexion sur soi à un être consumé par une destruction méthodique. Suite à son rejet par la famille De Lacey, la Créature erre dans la forêt comme une bête sauvage, hurlant en protestation contre un univers qui l’exclut. Le monde naturel devient un témoin hostile de ses souffrances — ses étoiles froides et ses arbres dénudés n’offrant aucun réconfort — tandis que les plaisirs ordinaires comme le chant des oiseaux approfondissent son sentiment d’aliénation. Son désespoir tourne en rage lorsqu’il rencontre les êtres humains qui l’avaient déjà fui auparavant, et qui prennent à nouveau la fuite terrorisés. La Créature décide de retrouver son créateur et d’exiger justice, jurant de détruire Victor si celui-ci refuse d’accéder à sa demande de compagnon. Il met le feu à la chaumière de la famille De Lacey, regardant les flammes consumer le seul foyer qu’il ait jamais connu, et commence sa poursuite de Victor Frankenstein avec une détermination renouvelée. Ce qui était auparavant une Créature capable de tendresse et de désir s’est transformé en instrument de vengeance, son innocence originelle corrompue par les rejets répétés et par la conscience qu’aucune réconciliation avec l’humanité n’est possible.
Les chapitres 17 et 18 retracent la capitulation de Victor Frankenstein face aux exigences de la créature et le tourment psychologique qui s’ensuit. La rencontre décisive sur le glacier constitue l’examen le plus approfondi du roman sur la responsabilité morale et la nature du mal. L’argument de la créature en faveur d’une compagne est remarquable par sa logique et sa retenue. Plutôt que de menacer, il invoque la justice : il est misérable, rejeté par toute l’humanité, et donc justifié dans sa malveillance. Il insiste sur le fait que Victor lui doit ce que l’humanité lui a refusé : une compagne qui partagerait son isolement et rendrait tolérable une existence qui serait autrement insupportable. Victor, reconnaissant l’éloquence de la créature et le bien-fondé de certaines de ses revendications, accepte de se charger de la création d’une compagne, bien qu’il le fasse avec la plus grande réticence et un pressentiment funeste. Le poids de cette promesse s’abat sur lui alors qu’il voyage en Angleterre et en Écosse pour rassembler les connaissances nécessaires, sa conscience le tourmentant de visions de catastrophe à venir. Il imagine les horreurs qui pourraient suivre si la créature femelle s’avère plus malveillante que son compagnon, si leur union produit une descendance qui peuplerait la Terre de monstres, et il envisage de détruire sa création à moitié terminée tout en reconnaissant qu’une telle destruction pourrait pousser la créature à une vengeance accrue.
Après leur départ de Genève, Victor Frankenstein et Henry Clerval se rendent à Londres, où Victor compte rassembler les connaissances scientifiques nécessaires pour honorer sa sinistre promesse envers la créature. Bien que Clerval se réjouisse de rencontrer des intellectuels et des artistes, Victor trouve toute compagnie insupportable — entouré de visages joyeux, il ressent une barrière infranchissable entre lui et l’humanité, scellée par le sang de William et de Justine. Ce n’est que lorsqu’il est seul, ressassant les souvenirs de la voix réconfortante de Henry, qu’il peut temporairement échapper à son angoisse. Pendant l’hiver anglais, Victor fouille les bibliothèques à la recherche des connaissances dont il a besoin, finissant par trouver les matériaux requis sur une île écossaise isolée où il peut travailler en solitude. Il se procure un bateau et fait voile vers une île déserte située entre les îles écossaises, où il commence son terrible travail en secret, peinant nuit et jour pour créer une créature femelle qui pourrait satisfaire les exigences de son homologue masculin.
La crise morale de Victor s’aggrave alors qu’il travaille dans son laboratoire insulaire pour créer une compagne pour la Créature. Le poids de sa promesse s’abat sur lui avec une terrifiante clarté : il reconnaît la perversité de sa promesse et frissonne à l’idée de maudire les générations futures pour son propre bien-être égoïste. Il affronte les possibilités horrifiantes : la créature femelle pourrait se révéler plus malveillante que son compagnon, pourrait refuser de respecter le pacte conclu avant sa création, et leur union pourrait propager une race de démons sur Terre. Son moment le plus sombre survient lorsqu’il aperçoit la créature qui l’observe par la fenêtre de la cabane, ses yeux brillant de ce que Victor interprète comme une anticipation avide. Mais lorsque le travail de Victor approche de son terme, son dégoût face au design de la créature femelle et sa peur de ce qu’elle pourrait devenir le poussent à la détruire alors même qu’elle commence à donner des signes de vie. La créature est témoin de cette destruction et prononce un serment terrible : la nuit suivante, Victor aura été avec lui pour la dernière fois. La créature disparaît dans l’obscurité, laissant Victor méditer sur les conséquences de son acte.
Le chapitre 21 marque un tournant dévastateur dans le récit de Victor, alors qu’il devient le principal suspect du meurtre de son plus proche ami. Devant le magistrat, plusieurs pêcheurs témoignent avoir découvert un cadavre sur la plage près d’un ruisseau. Ils décrivent avoir trouvé un jeune homme séduisant — plus tard identifié comme Henry Clerval — portant des signes évidents d’étranglement : une marque noire de doigts autour du cou. Des témoignages supplémentaires confirment qu’un bateau occupé par une seule personne a été aperçu près de la rive peu avant la découverte du corps, et l’arrivée en bateau de Victor, dans un état délabré, fait de lui le suspect évident. Victor languit dans une prison irlandaise pendant deux mois, sa santé se détériorant alors que sa conscience coupable et sa maladie physique combinées le conduisent à deux doigts de la mort. Son père se rend en Irlande et organise sa libération, et Victor retourne à Genève en homme brisé, son moral écrasé sous le poids cumulé de ses pertes. Pourtant, même pendant sa convalescence, il est hanté par le savoir que la créature a tué Henry simplement pour punir Victor d’avoir détruit la créature femelle, démontrant qu’aucune paix n’est possible entre le créateur et sa création.
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