Frankenstein ; ou le Prométhée moderne cover
Frankenstein's monster (Fictitious character) -- Fiction

Frankenstein ; ou le Prométhée moderne

Victor Frankenstein crée un monstre grotesque à l'université d'Ingolstadt, et après que la créature est rejetée par l'humanité et se voit refuser une compagne, il entame une campagne de meurtres contre l'ensemble de la famille de son créateur, aboutissant à une poursuite à travers les continents jusqu'en Arctique où le créateur et la créature trouvent tous deux une fin tragique.

Shelley, Mary Wollstonecraft · 1993 · 17 min

Le chapitre 22 du Frankenstein de Mary Shelley retrace le retour de Victor Frankenstein à la civilisation après son emprisonnement traumatisant en Irlande, où il a été acquitté du meurtre d’Henry Clerval. Ce chapitre dresse un portrait psychologique profond d’un homme accablé par des secrets qu’il ne peut révéler, tiraillé entre l’amour sincère qu’il porte à sa cousine Elizabeth et la terrible connaissance que sa propre création a assassiné tous ceux qui lui sont chers. À son arrivée à Paris avec son père dévoué, Victor découvre que sa fragilité physique correspond à sa dévastation émotionnelle, et Elizabeth lui écrit pour exprimer son désir de se marier et de restaurer son bonheur. Pourtant, Victor ne peut partager l’ensemble de son fardeau avec elle, ne peut pas la mettre en garde contre le danger auquel elle fait face simplement par le fait d’être liée à lui, et ce secret empoisonne ce qui devrait être une source de réconfort. Les rassemblements de la famille en préparation du mariage sont assombris par la tragédie, car Victor sait que la créature ne trouvera pas le repos tant qu’il n’aura pas détruit tous ceux que Victor aime. Un mariage est organisé, et Victor et Elizabeth partent pour leur lune de miel, espérant trouver la paix dans leur union.

Le chapitre 23 représente l’aboutissement dévastateur de l’incapacité de Victor Frankenstein à assumer la responsabilité de sa création. Le chapitre s’ouvre sur une atmosphère de mauvais augure alors que Victor et Elizabeth débarquent près d’une auberge à la tombée de la nuit, des nuages d’orage s’amoncelant et Victor étant armé d’un pistolet caché – son anxiété revenant avec l’obscurité. Cela préfigure la destruction violente qui va bientôt se dérouler, car Victor sent la menace imminente de la créature mais ne peut protéger sa nouvelle épouse. Le meurtre d’Elizabeth constitue le moment le plus dévastateur sur le plan émotionnel du roman, car l’échec de Victor à prévenir Elizabeth de la menace de la créature et son incapacité à la sauver au moment crucial transforment le récit en une tragédie d’une ampleur profonde. Victor laisse Elizabeth seule dans leur chambre pendant qu’il enquête sur un bruit dans le couloir, et à son retour, il la trouve étranglée à mort, le petit portrait de Caroline toujours serré dans sa main. Le chagrin de Victor devient une forme de folie, et il s’effondre dans l’inconscience pendant des semaines avant que son père n’arrive pour le sauver d’une destruction complète. Lorsque Victor va assez mieux pour parler, il déclare son intention de poursuivre la créature jusqu’aux confins de la terre, une déclaration que son père soutient malgré son âge avancé et sa santé déclinante. Alphonse Frankenstein meurt dans l’année, détruit par le chagrin et les pertes accumulées que sa famille a subies de la main du monstre.

Le chapitre 24 marque l’aboutissement dramatique du récit de Victor Frankenstein, présentant à la fois sa chasse impitoyable à travers les terres gelées et son appel désespéré au capitaine Walton. Après les meurtres de William, d’Elizabeth et de son père, Victor abandonne Genève à jamais, motivé uniquement par la vengeance qui seule lui donne la force et le sang-froid. Cette ouverture établit la tension centrale du chapitre : l’existence de Victor est devenue purement instrumentale, un réceptacle de vengeance plutôt qu’une vie vécue de manière sensée. Il poursuit la créature vers le nord à travers la glace et la neige, déterminé à détruire ce qu’il a créé avant que la créature ne puisse détruire qui que ce soit d’autre. La poursuite mène Victor toujours plus au nord, au-delà des côtes gelées de l’Arctique, jusqu’à ce qu’il s’effondre d’épuisement sur la glace. L’équipage du capitaine Walton le découvre à peine en vie, et Walton fait monter Victor à bord de son navire, espérant le sauver et apprenant son histoire par la même occasion. La conversation de Victor avec Walton devient un avertissement contre les ambitions qui animent tous deux : Walton rêve de gloire grâce à l’exploration de l’Arctique, tandis que Victor a poursuivi les secrets de la vie et de la création. Les deux hommes tirent de l’histoire de Victor la leçon que la quête de connaissance sans contrainte morale mène inévitablement à la catastrophe, et Victor meurt en exhortant Walton à abandonner sa propre quête dangereuse avant qu’elle ne le détruise lui aussi.

Ce chapitre culminant oscille entre les réflexions de Victor sur son lit de mort et l’apparition dévastatrice de la créature auprès du cercueil de son créateur, amenant les préoccupations philosophiques du roman à leur résolution tragique. La créature arrive trop tard pour se réconcilier avec Victor avant sa mort, et elle se dresse au-dessus du corps de son créateur dans un moment d’ironie suprême : elle a détruit Victor mais est incapable de trouver la paix dans cette destruction. Ayant décidé de ne pas perpétuer de nouvelles souffrances, la créature annonce son intention de rechercher la mort dans les régions les plus reculées du monde, choisissant de mettre fin à sa propre existence comme acte final d’une tragédie qui a commencé avec sa création. Le roman se termine par la disparition de la créature dans les ténèbres arctiques, et Walton reste seul avec l’avertissement de Victor et son propre avenir incertain. Le Frankenstein de Mary Shelley explore ainsi les conséquences d’une création sans responsabilité, l’isolement qui découle du refus de reconnaître ce que l’on a créé, et les effets dévastateurs de la poursuite du savoir sans limites éthiques. Le créateur et la créature sont tous deux détruits par leur incapacité à trouver la communion l’un avec l’autre, laissant aux lecteurs le soin de méditer sur les dangers de l’ambition débridée et la nécessité d’assumer la responsabilité morale de ses créations.

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