Appelez-moi Ishmaël. Il y a des années, me trouvant pauvre et sans but sur terre, j'ai décidé de prendre la mer et de voir le monde aquatique. C'est ma méthode pour guérir la mélancolie et réguler mon sang. Chaque fois que ma bouche devient sombre, ou que mon âme se sent comme un novembre humide et pluvieux, je sais qu'il est temps de partir. L'urgence devient irrésistible quand je m'arrête devant des cercueils, devant des entrepôts, que je suis des enterrements, ou que je ressens une impulsion maniaque de faire tomber les chapeaux dans la rue. Partir en mer est mon alternative au suicide. Tandis que Caton est mort par l'épée avec panache, moi je monte discrètement sur un navire. Cette impulsion n'est pas unique ; presque tous les hommes ressentent une attraction magnétique vers l'océan.
Sous le silence recueilli de la veille de minuit, l’équipage fait passer des seaux d’eau sur le pont baigné de clair de lune. Archy s’arrête, murmurant à son voisin Cabaco qu’il entend une toux mystérieuse et des dormeurs qui se retournent dans la cale arrière. Il soupçonne une présence secrète en dessous, mais Cabaco écarte ces bruits comme une indigestion du souper et demande impatiemment que le seau soit passé.
Après la ratification sauvage de son dessein par l’équipage, Ahab se retire chaque nuit dans sa cabine. D’un placard il sort des cartes jaunies et les déploie sur sa table verrouillée, scrutant les pages froissées tandis qu’une lampe suspendue projette des ombres dansantes sur son front sillonné. De vieux journaux de bord s’entassent à côté de lui, leurs relevés d’observations et de captures de baleines nourrissant ses calculs à travers les heures sombres.
Là où d’autres ne voient qu’une mer vaste et sans pistes, Ahab discerne motif et probabilité. Il connaît les courants des marées et des océans, la dérive des sources de nourriture de la baleine, les saisons confirmées où les cachalots se rassemblent à des latitudes particulières. Les créatures migrent le long de lignes océaniques fixes avec une telle précision qu’un chasseur qui comprend leurs habitudes peut anticiper leurs mouvements avec une certitude quasi absolue. Il trace ces chemins sur ses cartes, effaçant et redessinant, enfilant un labyrinthe de courants vers son but monomaniaque.
Un obstacle pratique émerge. Le Pequod a quitté Nantucket au tout début de la Saison-sur-la-Ligne — cette fenêtre où Moby Dick avait été aperçu à plusieurs reprises dans les eaux pacifiques équatoriales, là où les rencontres mortelles se sont produites, là où la vengeance d’Ahab est née. Aucun navire ne pourrait doubler le cap Horn et atteindre ces parages à temps. Il doit attendre une année entière avant de revenir. Mais Ahab ne tolérera pas l’intervalle sans rien faire. Il chassera dans des mers lointaines, comptant sur le fait qu’un vent pourrait chasser la baleine blanche dans le sillage circulaire du Pequod.
La reconnaissance ne pose aucune difficulté. Le front blanc comme neige, la bosse pâle, les nageoires entaillées et cicatrisées — ces marques sont sans équivoque. Il a consigné la baleine dans son esprit ; elle ne peut s’échapper. Ses pensées s’élancent jusqu’à ce que l’épuisement le pousse sur le pont pour prendre l’air.
The original text of this work is in the public domain. This page focuses on a guided summary article, reading notes, selected quotes, and visual learning materials for educational purposes.