Appelez-moi Ishmaël. Il y a des années, me trouvant pauvre et sans but sur terre, j'ai décidé de prendre la mer et de voir le monde aquatique. C'est ma méthode pour guérir la mélancolie et réguler mon sang. Chaque fois que ma bouche devient sombre, ou que mon âme se sent comme un novembre humide et pluvieux, je sais qu'il est temps de partir. L'urgence devient irrésistible quand je m'arrête devant des cercueils, devant des entrepôts, que je suis des enterrements, ou que je ressens une impulsion maniaque de faire tomber les chapeaux dans la rue. Partir en mer est mon alternative au suicide. Tandis que Caton est mort par l'épée avec panache, moi je monte discrètement sur un navire. Cette impulsion n'est pas unique ; presque tous les hommes ressentent une attraction magnétique vers l'océan.
Plus remarquable encore est la jambe prothétique blanche, sculptée dans l’os de mâchoire de cachalot, qu’Ahab ancre dans un trou percé dans le pont. Il se tient rigide, une main agrippant un hauban, le regard obstinément tourné vers l’horizon. Son expression porte une souffrance si profonde que les officiers se taisent sous son poids, conscients de servir un homme hanté par une terrible détermination.
À mesure que le navire échappe à l’emprise de l’hiver et que le temps s’adoucit, Ahab émerge plus fréquemment de sa cabine. D’abord il demeure immobile et muet, présent mais ne contribuant en rien. Pourtant, l’air qui se réchauffe agit progressivement sur lui. Les journées clémentes font naître quelque chose d presque tendre de sa démarche austère — des regards occasionnels qui suggèrent un sourire luttant pour émerger à la surface.
Le Pequod glisse sur des eaux tropicales où le printemps règne perpétuel et les jours scintillent d’une clarté cristalline et chaleureuse.
Comme beaucoup de vieux marins, Ahab ne peut dormir. Chaque nuit, il grimpe hors de sa cabine, marmonnant que descendre ces étroites marches ressemble à entrer dans une tombe. Il évite généralement le tillac, sachant que sa jambe d’ivoire tonnerait contre les planches et briserait le repos de l’équipage. Mais une nuit, son humeur l’emporte sur une telle considération, et il arpente le pont de pas lourds et cliquetants.
Le second lieutenant Stubb émerge d’en bas, encore ensommeillé, et tente une plaisanterie — peut-être que le capitaine pourrait envelopper sa jambe d’étoupe pour étouffer le son. La suggestion allume la fureur d’Ahab. Il se retourne vers Stubb avec mépris, l’appelant chien, lui ordonnant d’aller dans sa niche, le menaçant de l’effacer de l’existence. Quand Stubb proteste, Ahab avance avec une telle malveillance que le jeune homme se retire en dessous, secoué et confus.
Dans son hamac, Stubb lutte avec ce qui vient de se passer. Il oscille entre l’indignation, la peur et une étrange envie de prier pour ce capitaine tourmenté. Il réfléchit aux symptômes d’Ahab : les nuits sans sommeil, le hamac trempé de sueur, les visites mystérieuses à la cale. Quelque chose ronge le vieil homme — la conscience, peut-être, ou la folie.
Incapable de donner un sens à la rencontre, Stubb conclut que cela a dû être un rêve. Il décide de dormir et de laisser la lumière du jour apporter de la clarté à cette nuit dérangeante.
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