Herman Melville encadre ce chapitre en présentant Ishmael en train de raconter les événements de l’Auberge Dorée de Lima à un cercle de gentilshommes espagnols, préservant le style coloré de son récit original. Le récit tourne autour du baleinier de Nantucket le Town-Ho, rencontré près du cap de Bonne-Espérance, qui apportait des informations troublantes sur Moby Dick — y compris ce qu’Ishmael appelle la « partie secrète de la tragédie » impliquant un mystérieux jugement divin qui était d’une manière ou d’une autre lié à la baleine. Le secret, connu de seulement trois marins conspirateurs, concerne une mutinerie qui n’a été réprimée que par l’intervention de Moby Dick lui-même, qui attaqua le navire et tua les meneurs, laissant les survivants interpréter l’événement comme un châtiment divin pour leur rébellion. Le récit dans le récit d’Ishmael sert à amplifier la légende de Moby Dick, le présentant comme une force de justice cosmique autant que comme un animal mortel, et soulevant des questions sur le destin, le libre arbitre et le poids moral de la quête d’Ahab.
Herman Melville utilise ces deux chapitres consécutifs pour établir un cadre critique permettant de comprendre à quoi devrait ressembler une image fidèle de la baleine, et pourquoi presque toutes les représentations existantes échouent. Dans le premier chapitre, il mène une attaque en règle contre des siècles d’erreurs artistiques et scientifiques, retraçant le problème depuis les sculptures hindoues anciennes jusqu’aux illustrations d’histoire naturelle modernes, en passant par l’art de la Renaissance. Sa thèse centrale est claire : la baleine est fondamentalement impossible à peindre dans des conditions normales, car aucun artiste n’a jamais rencontré de baleine dans son état naturel, surgissant à la surface pendant plus de quelques secondes à la fois. Toutes les images existantes de baleines sont soit des inventions fantaisistes, soit des représentations défectueuses basées sur des spécimens morts et échoués, et Melville soutient que la seule image vraie de la baleine est celle qui vit dans l’esprit des baleiniers expérimentés, qui ont passé des années à observer l’animal dans son habitat naturel. Le second chapitre étend cette critique à la photographie, arguant que même le nouveau médium de l’appareil photo ne peut capturer l’essence de la baleine, car l’animal est trop grand, trop rapide et trop insaisissable pour être fixé dans une seule image.
Les chapitres 57 à 60 marquent la transition de l’iconographie de la baleine et de la philosophie océanique vers l’appareil physique de la chasse. Melville passe de la façon dont les baleines sont représentées dans la culture humaine aux vastes écosystèmes aquatiques qu’elles habitent, puis à une rencontre terrifiante avec un mystérieux léviathan, et enfin à la mécanique meurtrière du harpon. Il ouvre avec une méditation sur les myriades de façons dont les baleines ont été représentées ou rencontrées au-delà de l’animal vivant : un mendiant sur les quais de Londres exhibe une dent de baleine sculptée représentant la crucifixion, un rappel des racines profondes de la baleine dans le mythe chrétien comme dans la culture populaire. Il décrit ensuite le monde vaste et mystérieux de l’océan lui-même, un royaume qui couvre la majeure partie de la planète et reste largement inconnu des humains, avant de raconter une rencontre harrowing avec un calmar géant, une créature que Melville présente comme un rival de la baleine pour le titre d’habitant le plus redoutable de l’océan. Le passage se clôt par une description détaillée du lien du harpon, l’outil principal du métier de baleinier, et du terrible danger qu’il représente : lorsqu’une baleine est frappée, le lien peut revenir avec suffisamment de force pour décapiter un homme, et de nombreux baleiniers sont morts dans des accidents impliquant l’équipement même qu’ils utilisent pour chasser.
Les chapitres 61 à 63 offrent un triptyque vivant de la chasse à la baleine : la poursuite dramatique et la mise à mort d’un cachalot par le canot de Stubb, suivies de deux chapitres techniques expliquant les exigences physiques imposées au harponneur et l’équipement qui rend de telles chasses possibles. Le premier chapitre s’ouvre sur la sagesse laconique de Queequeg : apercevoir un calmar signifie qu’un cachalot est proche. Le Pequod vogue à travers les eaux calmes et étouffantes de l’océan Indien, et bientôt une baleine est aperçue devant. Le canot de Stubb est mis à la mer, et Queequeg, en tant que harponneur, lance son harpon dans le flanc de la baleine, frappant juste. La baleine blessée plonge profondément, entraînant le canot derrière elle à une vitesse effrénée, jusqu’à ce que Queequeg coupe le lien pour éviter d’être entraîné par le fond, et Stubb achève la mise à mort d’un second coup de harpon. Les deux chapitres suivants fournissent des explications techniques sur la conception du harpon et la peine physique que la chasse inflige au harponneur, qui doit frapper la baleine avec un timing et une précision parfaits tout en étant projeté dans le canot qui tangue, souvent pendant des heures d’affilée.
Les chapitres 64 et 65 passent de la poursuite de la baleine à ses suites, présentant deux méditations complémentaires sur la relation de l’humanité avec la grande créature marine. Après avoir tué un cachalot à une certaine distance du Pequod, l’équipage fait face à la tâche laborieuse de remorquer l’énorme cadavre jusqu’au navire. Stubb, de bonne humeur après la mise à mort réussie, ordonne que la queue de la baleine soit coupée et utilisée comme table pour un souper de minuit, et lui ainsi que les autres officiers festoient de viande de baleine et de pain pendant que le reste de l’équipage travaille à traiter la carcasse. Le second chapitre explore la signification culturelle de la consommation de viande de baleine, retraçant la pratique depuis l’Antiquité jusqu’à nos jours, et soutenant que la baleine est l’animal le plus utile de la planète, fournissant nourriture, huile et matériaux pour toutes sortes d’usages, des corsets aux machines. Le chapitre aborde également l’ambiguïté morale de la chasse : Melville reconnaît la violence de tuer une créature aussi majestueuse, tout en la présentant comme une part nécessaire de la survie et du progrès humains, une tension qui atteindra son paroxysme alors que le roman construit sa confrontation finale.
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