Appelez-moi Ishmaël. Il y a des années, me trouvant pauvre et sans but sur terre, j'ai décidé de prendre la mer et de voir le monde aquatique. C'est ma méthode pour guérir la mélancolie et réguler mon sang. Chaque fois que ma bouche devient sombre, ou que mon âme se sent comme un novembre humide et pluvieux, je sais qu'il est temps de partir. L'urgence devient irrésistible quand je m'arrête devant des cercueils, devant des entrepôts, que je suis des enterrements, ou que je ressens une impulsion maniaque de faire tomber les chapeaux dans la rue. Partir en mer est mon alternative au suicide. Tandis que Caton est mort par l'épée avec panache, moi je monte discrètement sur un navire. Cette impulsion n'est pas unique ; presque tous les hommes ressentent une attraction magnétique vers l'océan.
La porte s’ouvrit brusquement. Le propriétaire se tenait là, souriant dans la lumière. Il prononça des mots apaisants : Queequeg ici ne ferait pas de mal à un seul cheveu sur la tête d’un homme. Le harponneur était un insulaire des mers du Sud, un client sobre et payant, inoffensif malgré son apparence terrifiante. Queequeg s’assit dans le lit, pipe en main, son visage tatoué calme et patient. Il fit signe à Ishmael de revenir vers les couvertures avec une véritable courtoisie, se roulant d’un côté pour lui faire de la place.
La peur se dissipa. Ishmael réfléchit que ce sauvage propre et composé représentait moins de danger que n’importe quel matelot chrétien ivre errant dans la nuit. Il demanda au propriétaire de dire à Queequeg de ranger sa tomahawk et sa pipe. Queequeg obéit aussitôt, s’installant avec la grâce polie d’un hôte. Ishmael se tourna à côté de lui et dormit mieux qu’il ne l’avait fait de toute sa vie.
En s’éveillant à la lumière du jour, Ishmael découvrit le bras tatoué de Queequeg passé sur lui dans une étreinte aimante, les motifs complexes se fondant si parfaitement avec la courtepointe bigarrée qu’il pouvait à peine distinguer le membre de la couverture. Cette intimité troublante suscita un vif souvenir d’enfance : avoir été envoyé au lit tôt en plein été, où il s’était une fois réveillé dans l’obscurité pour sentir une main surnaturelle serrer la sienne, une terreur qui l’avait paralysé pendant des ages. Le choc de cette poigne spectrale reflétait son premier sursaut devant le poids du sauvage, mais au fur et à mesure que les événements de la nuit précédente lui revinrent, la peur se transforma en réalisation comique de sa situation : il était enlacé comme une mariée par un cannibale endormi.
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