Appelez-moi Ishmaël. Il y a des années, me trouvant pauvre et sans but sur terre, j'ai décidé de prendre la mer et de voir le monde aquatique. C'est ma méthode pour guérir la mélancolie et réguler mon sang. Chaque fois que ma bouche devient sombre, ou que mon âme se sent comme un novembre humide et pluvieux, je sais qu'il est temps de partir. L'urgence devient irrésistible quand je m'arrête devant des cercueils, devant des entrepôts, que je suis des enterrements, ou que je ressens une impulsion maniaque de faire tomber les chapeaux dans la rue. Partir en mer est mon alternative au suicide. Tandis que Caton est mort par l'épée avec panache, moi je monte discrètement sur un navire. Cette impulsion n'est pas unique ; presque tous les hommes ressentent une attraction magnétique vers l'océan.
Ishmaël essaya de dormir sur un banc de bois plutôt que d’affronter la couverture du harponnier. Le propriétaire aplanissait les planches avec des rires de singe tandis que des courants d’air balayaient depuis la fenêtre et la porte. Le banc s’avéra trop court, trop étroit, trop froid. Dépité, Ishmaël suivit le propriétaire upstairs jusqu’à une chambre contenant un lit de taille prodigieuse, un grand harpon à sa tête, et un étrange vetement hirsute sur le coffre ressemblant à un paillasson avec une fente en son centre. Seul dans la chambre glaciale, il examina l’étrange objet en poncho, l’essayant même devant un éclat de miroir. La vue le décida. Il se déshabilla, souffla la bougie et plongea dans le vaste lit.
Le matelas se révéla bosselé. Il se tourna et se retourna jusqu’à ce que l’épuisement l’entraîne vers le sommeil, pour être aussitôt réveillé par de lourds pas. Une lumière se glissait sous la porte. L’inconnu qui entra portait une bougie dans une main et une tête humaine réduite dans l’autre. Lorsqu’il se tourna vers la lumière, le souffle d’Ishmael se suspendit. Le visage était violet-jaune sombre, marqué de carrés noirs selon un motif en damier. Sa tête était entièrement chauve sauf pour une petite touffe de cheveux torsadée sur son front, lui donnant l’apparence d’un crâne moisi. Cet étrange damier couvrait tout son corps — poitrine, dos, bras, jambes.
Ensuite, le sauvage produisit une petite figure difforme d’ébène poli — une idole de bois bossue — et la déposa dans la cheminée froide comme un autel. Il disposa des copeaux devant elle, posa un biscuit de bord dessus, et alluma une flamme. Avec des chants gutturaux et d’étranges contorsions du visage, il offrit le biscuit brûlé à son dieu du Congo. Le rituel terminé, il fourra l’idole dans sa poche.
Ishmael savait qu’il devrait parler avant que la lumière ne s’éteigne. Mais l’hésitation lui coûta tout. Le sauvage ramassa sa tomahawk, la leva à ses lèvres et souffla de grands nuages de fumée de tabac. Puis il éteignit la bougie et se jeta dans le lit avec l’arme toujours serrée entre ses dents.
Ishmael hurla. Le cannibale grogna de surprise et commença à chercher dans l’obscurité. Sa voix gutturale demanda qui partageait sa couche, et quand Ishmael balbutia, l’homme leva sa tomahawk fumante et menaça de mort. Ishmael cria pour le propriétaire, pour les anges, pour quiconque pourrait le sauver.
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