Appelez-moi Ishmaël. Il y a des années, me trouvant pauvre et sans but sur terre, j'ai décidé de prendre la mer et de voir le monde aquatique. C'est ma méthode pour guérir la mélancolie et réguler mon sang. Chaque fois que ma bouche devient sombre, ou que mon âme se sent comme un novembre humide et pluvieux, je sais qu'il est temps de partir. L'urgence devient irrésistible quand je m'arrête devant des cercueils, devant des entrepôts, que je suis des enterrements, ou que je ressens une impulsion maniaque de faire tomber les chapeaux dans la rue. Partir en mer est mon alternative au suicide. Tandis que Caton est mort par l'épée avec panache, moi je monte discrètement sur un navire. Cette impulsion n'est pas unique ; presque tous les hommes ressentent une attraction magnétique vers l'océan.
Le squelette de Tranque mesurait soixante-douze pieds ; vivant, la baleine s’étendait sur quatre-vingt-dix pieds. Le crâne et la mâchoire occupaient vingt pieds, laissant cinquante de colonne vertébrale. Dix côtes de chaque côté, la plus longue dépassant huit pieds, formaient une poitrine d’ivoire comme la coque d’un navire en construction. Dans les Arsacides, de tels os enjambent les cours d’eau.
Pourtant, le squelette n’est pas le moule. La plus grande côte s’étend sur huit pieds, mais le corps vivant atteignait seize pieds de profondeur. Là où la colonne vertébrale nue repose, la chair et le sang enveloppaient autrefois l’os. Les nageoires ne sont que des articulations ; les lobes de la queue, un vide total.
C’est folie de croire qu’on connaît la baleine grâce à des os morts dans des bois paisibles. C’est seulement au milieu des périls les plus rapides, dans les tourbillons des coups de queue furieux, que la baleine vivante peut vraiment être découverte.
La colonne vertébrale dressée ressemble au Pilier de Pompée. Une quarantaine de vertèbres va en s’effilant jusqu’à un bouton blanc comme une bille de billard. Les os plus petits ont disparu, volés par les enfants des prêtres pour jouer aux billes. Ainsi, même la plus grande créature vivante se réduit au jeu d’enfants.
La masse colossale de la baleine pousse un écrivain à s’étendre plutôt qu’à comprimer—il appartient au folio impérial, ses entrailles enroulées aussi vastes que des câbles dans la cale d’un navire de guerre. Ishmael se tourne maintenant de l’anatomie vers l’archéologie, vers les fossiles et les restes antédiluviens. De si grands termes submergeraient toute créature inférieure, mais Léviathan justifie les mots les plus lourds du dictionnaire. Il consulte le in-quarto de Johnson, chose appropriée pour que le corpulent lexicographe serve un auteur de baleine.
Les écrivains s’élèvent avec leurs sujets ; Ishmael se gonfle avec le sien. Son écriture s’étale en lettres d’affiches. Il convoite une plume de condor, un cratère volcanique pour encre. L’ampleur du thème le force à englober toutes les sciences, toutes les générations de baleines et d’hommes. Un grand livre nécessite un grand sujet—aucun volume durable ne fut jamais écrit sur une puce.
Ses références géologiques sont pratiques : tailleur de pierre, creuseur de fossés, foreur de puits. Des baleines fossiles émergent des strates tertiaires à travers le monde—les Alpes, la Lombardie, la France, l’Angleterre, l’Écosse, la Louisiane, le Mississippi, l’Alabama. Cuvier déclara que des fragments de Paris et Anvers appartenaient à des espèces lévianthiques inconnues.
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